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jeudi 23 avril 2020

Les perruquiers dans les archives de BANQ

Bonjour,

Cet article est dans la continuité de ceux consacrés en partie ou en tout sur les perruquiers du 18ième siècle. Dans les dernières années, avec mon conjoint Michel Thévenin ( historien et auteur du blog Tranchées et Tricornes) nous avons donné à deux reprises une conférence sur la coiffure masculine au 18ième siècle, présentation principalement basée sur L'art du Perruquier de M. de Garsault de 1767.

Pour plus d'information sur les droits de pratique des perruquiers, veuillez visiter cet article.

Mon autre article dédié aux perruquiers en Nouvelle-France dresse la liste des perruquiers apparaissant dans les déclarations de papiers de Québec et Montréal de 1763 et 1764 dans ''l'Affaire du Canada''.

Notre première conférence a eu lieu dans les voûtes du Palais de l'Intendant en août 2018 dans le cadre des Rendez-vous d'Histoire de Québec. La seconde c'est déroulée l'année dernière (2019) au Musée de la civilisation dans le cadre des Fêtes de la Nouvelle-France. 


Le but de cet article est de tenter de déterminer si les perruquiers de la Nouvelle-France fabriquaient leurs perruques. Comme expliqué en détail dans l'article sur les droits de pratique des perruquiers, la fabrication de la perruque n'est pas la seule activité qui est réservée aux perruquiers. Les questions d'approvisionnement de matériels particuliers ( gauze de soie, cheveux humains, formes de bois...) avec l'éloignement de la Nouvelle-France par rapport à la métropole sont encore à éclaircir. Il est possible que les perruquiers de la Nouvelle-France ne faisaient que retaper les perruques que l'aristocratie achetait directement en France sans en fabriquer entièrement.

Est-il possible de déterminer hors de tous doutes que les perruquiers de la Nouvelle-France fabriquaient eux-même les perruques qu'ils vendaient?

A wig shop (L'atelier du perruquier)
Artiste: Jeremias Snoek
1775
Museum of London


Mon espoir était de trouver dans les documents numérisés de BANQ un rapport de procès contre un perruquier pour avoir fabriqué une perruque de mauvaise facture.

De ma recherche dans les archives numérisées de BANQ (Bibliothèque et Archives Nationales du Québec) j'ai ressorti une douzaine de documents permettant d'appréhender le monde de la perruque en Nouvelle-France.


Les citations mise entre guillemets sont les résumés de BANQ et non une transcription littérale des archives. En cliquant sur le titre souligné, vous trouverez les archives numérisées.




1. Un perruquier marchand achète une partie de l'actuelle Côte-Nord, 10 juillet 1709

''Contrat de vente par Jean-Baptiste Bissot, sieur de Vincennes, officier dans les troupes du détachement de la Marine, demeurant à Québec, fils du sieur François Bissot, sieur de la Rivière (LaRivière), et de damoiselle Marie Couillard, au sieur François Brissonnet (Bissonnet), marchand perruquier de Québec, d'une partie de remplacement donnant sis sur le fleuve Saint-Laurent, à prendre depuis l'île aux Oeufs les Blancs-Sablons avec toutes les îles Mingan et les autres îles îles dans ladite étendue (Notaire Michel Lepailleur de LaFerté)''

Ce document m'a personnellement touché parce que je suis née sur le territoire de la Côte-Nord. Si la toponymie est restée la même jusqu'à nos jours, l'Ile aux Oeufs se situe en face de l'actuel Port-Cartier, les iles Mingan sont face à Havre-St-Pierre et Blanc-Sablon est la municipalité limitrophe au Labrador, représentant aujourd'hui environ 900 km de côtes (889 km selon Google Maps pour être exact). La Côte-Nord avait été surnommée par Jacques Cartier la terre de Cain. Dans le récit biblique du Livre de la Genèse, Cain est le fils maudit d'Adam (Adam et Eve) pour avoir tué son frère Abel par jalousie. La malédiction est qu'il ne pourra plus récolter, lui qui était jardinier et agriculteur. La forêt de la Côte-Nord est constituée de conifères poussant sur un sol rocheux, peu propice à l'agriculture de céréales, d'où ce surnom.

Ce document nous permet de déduire qu'un marchand perruquier peut assez économiser pour s'acheter un territoire immense quoique très inhospitalier. Je crois que c'est plus sa fonction de marchand qui lui a permis d'économiser autant d'argent plutôt que celle de perruquier mais je voulais le partager. Je n'ai pas fait de recherches approfondies mais je ne crois pas que le sieur François Brissonnet, marchand perruquier ait occupé et exploité sa terre.





2. On demande à un perruquier de remettre une perruque qui avait été confiée pour être rétrécie, 7 juillet 1745

''À la requête de Pierre Laborde, navigateur, domicilié rue Champlain à Québec, assignation de Charles Couet (Cauhet), perruquier de Québec, demeurant sur la rue du Sault-au-Matelot, afin qu'il se remette au perruque donné à rétrécir , aux offres de payer 45 sols pour l'ouvrage fait''
Ce document supporte l'hypothèse des perruquiers comme réparateurs de perruque.


Détail de la planche I- Atelier de perruquier
Art du Perruquier
François-Alexandre-Pierre de Garsault
1767
Source: Gallica


3. Le même perruquier demande à la Cour soit le remboursement d'une réparation de la perruque, soit la permission de la vendre, 15 juillet 1745

''À la requête de Charles Couet (Cauhet), perruquier de Québec, domicilié rue du Sault-au-Matelot, assignation de Pierre Laborde, navigateur, demeurant sur la rue Champlain à Québec, afin qu'il soit payé 2 livres et 5 sols pour la réparation d'une perruque, qu'il a abandonné depuis un an, ou que la Cour permette audit Couet de vendre ladite perruque pour récupérer son argent''

 Rebondissement dans l'affaire du rétrécissement de la perruque du navigateur Pierre Laborde!

Petit rappel monétaire

Selon l'exposition ''Paris en vitrine, les boutiques au 18ième siècle'' du Musée Stewart en 2018, une livre vaut 20 sols. Le salaire journalier au milieu du dix-huitième siècle à Paris, pour environ onze heures de travail, d'un menuisier ébéniste est de 10 sols, un couvreur 15 sols et un manoeuvre 20 sols. 


On peut déduire que cette réparation de perruque coûte une à deux journées de travail pour un ouvrier spécialisé. De là, j'extrapole un peu en pensant que le rétrécissement de cette perruque pourrait représenter au perruquier Charles Couet une à deux journées de travail.

Quant au litige opposant Pierre Laborde au perruquier, Charles Couet, je vois la facilité de l'époque de passer d'une valeur monétaire à l'autre. Dans le premier texte, on parle de 45 sols et dans le second de 2 livres et 5 sols. Il s'agit bien de la même somme demandée!





4. Un soldat perruquier demande à être payé pour deux perruques, 6 juin 1731

''Procès entre Jacques Neveu, soldat, perruquier de métier, demandeur, et [Bertin dit Laronde?], Navigateur, défendeur, pour le paiement de perruques

Ce dossier de matière est composé des pièces suivantes: la requête de Jacques Neveu pour faire assigner à comparer le navigateur [Laronde?] Pour payer au demandeur ce qui reste sur un compte pour la fourniture de deux perruques, soit 30 livres; la permission de faire approcher les parties et de faire saisir ce que le demandeur pourra trouver; et la signification ainsi que l'assignation à comparaître''


Dans ce document-ci, le métier principal du perruquier Jacques Neveu est soldat. Il n'était pas rare que les soldats envoyés dans la colonie exerçaient un métier avant de s'enrôler dans l'armée. Leur motif était pour la plupart la sécurité d'emploi. En effet, le métier de soldat, même s'il expose aux conséquences directes de la guerre, assure le militaire d'être logé, nourri et vêtu pour la durée du contrat en échange de ses services. Il n'est pas rare de voir des soldats exercer d'autres métiers en Nouvelle-France: menuisier, forgeron, boulanger, perruquier...

Le perruquier Neveu demande de terminer de payer un compte pour deux perruques. Mes compétences en paléographie sont limitées mais je décèle que 10 livres avaient été données au perruquier lors de la commande des perruques. Ce qui nous ferait 40 livres pour 2 perruques, soit 800 sols.

Supposons que notre ami perruquier travaille à 20 sols par jour, la fabrication d'une perruque lui prendrait 20 jours. Notez que dans ce calcul, les coûts de matériel ne sont pas pris en compte.





5. Un client veut sa perruque ou être remboursé pour son dépôt de 20 livres, 22 juillet 1734

''À la requête du sieur Henri Louineau (Luineau), navigateur demeurant rue Sous-le-Fort à Québec, assignation du sieur Baria, maître perruquier demeurant à Québec, afin qu'il livre au demandeur une perruque que celui-ci lui soit donné à faire, ou qu'il lui-même paie la somme de 20 livres, et le demandeur offrant de payer à Baria la façon [fabrication] de ladite pérruque, suivant le marché conclu précédemment, avec dépens''

Le navigateur Henri Louineau a déjà payé le perruquier 20 livres et il lui offre de payer la façon (les archivistes ont traduit par fabrication, je le vois plus comme l'accommodage ou mise en plis de la perruque mais je peux me tromper). De cette façon, le client aurait payé la fabrication de la perruque mais celle-ci n'est pas arrangée, accommodée encore et le client offre au perruquier Baria de payer cette partie du marché pour recevoir une perruque à son goût.




vendredi 15 novembre 2019

S'arracher les cheveux à cause d'un mot... La cadenette, coiffure spécifique ou nom générique?


Bonjour!

Un peu dans la suite de mon article sur le mot pet-en-l'air et ses différentes significations, j'aimerais révéler le problème que m'a procuré le mot cadenette.

Lorsque nous avons monté la première conférence à propos des coiffures masculines Michel Thévenin et moi, nous sommes tombés sur un mot qui nous laissait perplexe: la cadenette.

Dans l'Art du perruquier de M. de Garsault, il est mention de cadenettes dans la description de perruque mais aussi lors de la description de l'acommodage des cheveux naturels.

Extrait de L'art du perruquier
Par M. de Garsault
1767
Source: Gallica

Si le cadogan est longuement expliqué dans l'Art du Perruquier, la bourse facilement détaillée dans les planches et dictionnaires de l'époque, il en est autrement pour la cadenette.

Selon M. de Garsault, voici une perruque à deux cadenettes:

Extrait de L'art du perruquier
Planche II, H; Perruque à deux cadenette
Par M. de Garsault
1767
Source: Gallica



Pour avoir plus d'information sur ce mot, nous nous sommes tournés vers les dictionnaires de l'époque pour obtenir une définition.

Le mot est absent du Dictionnaire de Richelet de 1680.

Dans le Dictionnaire de Furetières de 1690 (trouvé sur Gallica), on peut lire la définition suivante:
''Cadenette s. f. Grande moustache, poignée de cheveux qu'on laissait croitre autrefois du côté gauche tandis qu'on tenait les autres courts. La mode de cadenettes a été fort longtemps en vogue''

La définition des dictionnaires de l'Académie Française est presque identique entre l'édition de 1694 et 1762.

''Cadenette s. f. Longue tresse, moustache qui tombe plus bas que le reste des cheveux. Autrefois, on portoit des cadenettes''
(édition de 1694)

Dans la définition de 1762, les mots moustache et autrefois sont disparus. Voir cette recherche dans ce site consacrés aux dictionnaires d'autrefois.

Puisque les définitions des dictionnaires ne collaient pas complètement avec l'utilisation de M. de Garsault, nous avions décidé de ne pas mettre en lumière ce mot pour notre première conférence en 2018.


Selon la définition du dictionnaire de Furetière, voici l'illustration d'une cadenette.

Portrait de Prince en pied décrit par Gallica comme portant une longue cadenette
Tiré de la Collection du collectionneur Roger de Gainières (1642-1715)
Source: Gallica

Or voilà, un Monsieur dans l'assistance voulait en savoir plus sur les cadenettes. À l'époque, je n'avais pas encore fait cette recherche,  la question dépassait alors mon champ de connaissances.


Le temps a passé mais la question est restée. Qu'est-ce qu'une cadenette? À force de naviguer sur internet, j'ai vu plusieurs définitions de cadenette.

La plupart place les cadenettes d'un côté ou de chaque côté de la tête, en avant des oreilles, comme dans la définition du dictionnaire de Furetières.



Dans les notes historiques des patrons de La Fleur de Lyse, les cadenettes sont illustrées par deux tresses faites avec les cheveux de la partie avant de l'oreille. Dessinatrice Delphine Bergeron.
Illustration de cadenettes
Dessinatrice Delphine Bergeron
Tiré des notes historiques du patron :Petit Habit du soldat français
Fleur de Lyse
Avec la permission de Suzanne Gousse


Pour l'excellente troupe de reconstitution Les Mousquets du Roy, les cadenettes sont des mèches de cheveux enrubannées de l'avant de la tête .


Un soldat français en Nouvelle-France vers 1690, avec son habillement pour les campagnes hivernales.
Crédit photo: Ed Read
Les Mousquets du Roy
Avec la permission de David Ledoyen

Soldats des troupes de la Marine de 1690
 Les Mousquets du Roy
Avec la permission de David Ledoyen



Pour d'autres, la coiffure que je nomme queue de rat est une cadenette.

Détail: Le repas de chasse
Artiste: François Boucher
1735
Exposé au Musée du Louvre

Se pourrait-il que la cadenette soit un nom générique qui ne définit pas une coiffure précise? Ou bien la définition de la cadenette a-t-elle évolué au fil du temps? La définition varie-t-elle en fonction des contextes d'utilisation?

Après avoir fait une recherche sur Gallica et BANQ, j'en vient à la conclusion qu'une cadenette est synonyme de tresse et qu'elle ne désigne pas une coiffure précise et spécifique.

Dans mes recherches pour cet article, seules les sources du 17ième et 18ième siècle ont été sélectionnées.


Selon le Petit dictionnaire de la cour et de la ville, de l'auteur Jean Marie Bernard Clément, publié à Londres en 1788, c'est à Henri D'Albret, Seigneur de Cadenet, que l'on doit la mode des cadenettes. Description trouvé sous la rubrique ''cour''. De quoi ces cadenettes avaient-elles l'air, cela n'est point précisé.

Une autre source attribue l'invention de la Cadenette à Honoré d'Albert:

Extrait du Dictionnaire étymologique de la langue françoise
par Gilles Ménage
1750
Source: Gallica


Entre Henri et Honoré, D'Albret ou D'Albert, il y a une différence pour attribuer la mode de la cadenette!



Les cadenettes dans les dictionnaires de traduction

À ma grande surprise, les sources qui ont été le plus éclairantes sur le sujet des cadenettes sont des dictionnaires multilingues de l'époque. Le premier dictionnaire que j'ai croisé était un dictionnaire trilingue entre le français, le tartare et le Mantchou.

Extrait du Dictionnaire Tartare-Mantchou-François
Par Louis Langlès
1789-1790
Source: Gallica
Voilà la première source que j'ai trouvée qui met en relation directe l'action de tresser et de faire une cadenette.

Un second dictionnaire met en relation ces deux idées, soit le Dictionnaire entre le patois du Langue-d'Oc et le français

Extrait du dictionnaire Languedocien-François,
contenant un Recueil pratique des principales fautes que commettent,
dans la diction et la prononciation françoise,
les Habitants des Provinces Méridionales,
autrefois connues sous la dénomination générale de la Langue-d'Oc
Par Pierre-Augustin Boissier de Sauvages
1785
Source: Gallica

Cette source est encore mieux car elle définit clairement la cadenette comme étant des cheveux tressés ou nattés.

Puisque ces définitions sont tardives par rapport à l'échelle de temps que je me suis fixée, j'ai quand même recherché le contexte dans lequel le mot cadenette apparait dans les textes du 17ième et 18ième siècle.


Les cadenettes dans un contexte militaire

Extrait de Cassations de soudrilles
des Oeuvres du Sieur de Saint-Amant
Par Marc-Antoine Girard de Saint-Amant
1642
Source: Gallica
Ce premier texte du 17ième siècle est un texte parodique de ce que doivent faire les gens de guerres lorsque la paix est signée. Il débute en s'adressant à un métier de l'armée par paragraphe: Valets de piques, sergents, enseignes, lieutenants, capitaines, tambours... Ici les cadenettes sont associées au grade de Capitaine. Cependant, aucune description pour savoir à quel endroit de la tête sont placées les cadenettes dans cet extrait. Malheureusement, c'est le cas de la plupart des textes qui mentionnent les cadenettes.

Extrait du Règlement provisionnel pour le service de l'infanterie et de la cavalerie en campagne
Par le Secrétariat d'État à la Guerre
1744
Source: Gallica
Ce texte est plus officiel, étant un règlement émis par le Secrétariat d'État à la Guerre en 1744. Ici les cadenettes sont associées au grade de soldats désigné pour faire les gardes, que les sergents auront vérifiés que leurs cadenettes sont attachées, leurs guêtres mises, les chapeaux dépoussiérés, les armes en état...
Extrait du Code Militaire, ou compilation des ordonnances des rois de France concernant les gens de guerre
Tome quatrième
Par M. de Briquet
1761
Source: Gallica
Bien que la version illustrée ici soit de 1761, la même ordonnance apparait déjà dans la première compilation des ordonnances de 1728. Cet extrait démontre la discipline que doit exercer le sergent sur ses soldats: faire les lits et le ménage avant neuf heures du matin, s'assurer que les soldats soient propres avant de sortir de leur casernement: les mains et visage lavés, les chapeaux retapés, les cravates bien mises, les cheveux peignés, mis en queue ou en cadenette. Ici, les cadenettes sont une alternative à la queue, que j'imagine être l'équivalent de la coiffure nommée queue de cheval de nos jours.



Extrait de la Seconde suite d'estampes pour servir à l'histoire des moeurs et costume des français dans le dix-huitième siècle
Année 1776
De l'imprimeur de Prault, imprimeur du Roy
Source: Gallica
Cet extrait décrit une estampe de 1776. Le texte fait d'abord l'historique de la coiffure féminine avant de s'intéresser à la chevelure masculine.  Ici, la cadenette et la tresse sont deux éléments de coiffures différents, qui avec la queue, sont réservé aux Militaires. Le fait qu'on désigne séparément la tresse et la cadenette dans cet extrait tend à prouver que les deux ne sont pas exactement la même chose.



Pour faire un lien entre les peintures de soldats du 18ième siècle et ces textes, surtout avec l'extrait du code militaire qui spécifie que le sergent doit s'assurer que les soldats quittent leur casernement peignés, les cheveux en queue ou en cadenettes, il semble que ce que j'appelais queue de rat était aussi appelé cadenette au 18ième siècle.
Détail de militaires arborant des cadenettes, que je nomme queue de rat
 '' Siège de Fribourg-en-Briscau, 11 novembre 1744''
Artiste: Pierre-Nicolas Lenfant
1744-1445
Collections du Château de Versailles

La cadenette comme lustre social

Extrait de Le Railleur ou la Satyre du temps, comédie
par André Mareschal
1638
Source: Gallica
Cet extrait d'une comédie du 17ième siècle, énumère les attributs superficiels qui font tomber en amour les filles: les brillants, la plume, l'or et les cadenettes.

Extrait du Nouveau Mercure
Avril 1717
Source: Gallica

Dans cette description de pièce de théâtre de 1717, le personnage d'Arlequin utilise les cheveux coupés de Sanson sur sa tête, ''en guise de cadenettes'' pour posséder la force légendaire de Sanson. La scène comique qui s'ensuit prouve au publique que cet astuce ne fonctionne pas.

Extrait de L'Aeneide travestie
Livre quatriesme
Contenant les Amours d'Aenee et de Didon
Par Antoine Furetière
1649
Ce qui est intéressant dans cet extrait, c'est que c'est un des seuls que j'ai trouvé qui mentionne l'usage d'un ruban, ici des bandelettes associé avec les cadenettes, qu'il faut resserrer pour être présentable. M. de Furetières est plus connus aujourd'hui pour son dictionnaire que pour son oeuvre littéraire.  Cette parodie met en scène des héros de l'antiquité gréco-romaine. Fait à souligner, au 17ième et 18ième siècle, les pièces de théatre étaient jouées avec des habits contemporain. Le contexte semble celui d'un homme qui attend la venue d'une (ou plusieurs) demoiselle(s) et qui se fait demander de resserrer ses cadenettes pour être plus présentable.


Les cadenettes pour les femmes

Bien que moins nombreux, certains textes parlent de cadenettes pour décrire la coiffure féminine.

Extrait Le rabais du pain, en vers burlesque
1649
Source: Gallica


Dans cet extrait, les cadenettes sont attribuées à des femmes plutôt qu'à des hommes, comme tous les autres textes semblaient le sous-entendre.

Extrait du Dictionnaire des origines, découvertes, inventions et établissements
Tome premier
ou
Tableau historique de l'origine & des progrès de tout ce qui a rapport aux Sciences & aux Arts, aux modes et aux Usages, Ancien & Moderne, aux différents États, Dignités,Titres ou Qualités; & généralement tout ce qui peut être utile, curieux & intéressant à toutes les classes de Citoyens
Par une société de gens de lettres
1777
Source: Gallica
Cet extrait décrit les cadenettes de femmes comme des perruques que les dames de l'époque de Henri IV portaient le matin avant de peigner leur cheveux. Le règne d'Henri IV se situe à la fin du 16ième siècle.




Extrait de l'Encyclopédie méthodique. Arts et métiers mécaniques.
Tome 6
de Jacques Lacombe
1782-1791
Source: Gallica
J'avoues avoir de la difficulté à interpréter cet extrait. Il apparait à la fin du texte consacré à la perruque de femme ou chignon, sous la section perruque de l'Encyclopédie méthodique de Jacques Lacombes. Précédant la description de favoris de boucles (des boucles destinées à être à l'avant de l'oreille), la cadenette est faite des cheveux derrière les oreilles, les parties avant des oreilles sont appelée des faces. Ce qui est mêlant dans les textes parlant de perruque, c'est que les tresses nomment les chaines de fils et de cheveux qui forme l'unité de base de la perruque. Donc le tressé gros signifie, à mon avis, une faible densité de cheveux par tresse.

Je crois qu'une image vaut mille mots alors voilà une estampe présentant une femme coiffée de cadenettes.
Estampe représentant Marie-Antoinette d'Autriche
Titre selon Gallica: Marie-Antoinette, de profil à gauche, coiffée en boucles et cadenettes, chapeau noir surmonté de plumes multicolores, vêtue d'une amazone couleur fraise écrasée, l'habit ouvert sur une veste blanche brodée ; montée en femme sur un cheval blanc à housse bleue bordée d'or
Source: Gallica 
C'est une estampe de Marie-Antoinette, future dernière reine des français. Ici la cadenette semble n'être qu'une tresse remontée dans le chignon. 

Extrait du Journal de voyage fait par ordre du Roy dans l'Amérique Septentrionale
Adressé à Mme la Duchesse de Lesdiguières
Par le Père de Charlevoix de la Compagnie de Jésus
Tome troisième
1744
Source: BANQ
Ici les cadenettes sont utilisées pour décrire la chevelure des femmes Amérindiennes. Elles utilisent des peaux de serpent ou d'anguilles pour les fabriquer. C'est la deuxième mention de bandes qui enveloppent les cadenettes, ici des peaux d'anguille ou de serpent.


Les cadenettes pour les Nations Amérindiennes


Comme le dernier extrait l'a démontré, le mot cadenette n'est pas réservé au gens de la Nation Française.


Extrait de Nouvelle relations de la Gaspésie, qui contient les moeurs & la religion des Sauvages Gaspésiens Porte-Croix, adorateurs du soleil, & d'autres peuples de l'Amérique Septentrionale dite le Canada
Dédiée à Madame la Princesse D'Épinoy
Par le Père Chrétien LeClercq
1691
Source: BANQ
Selon le père Chrétien LeClercq, les Mic-Macs de la Gaspésie se coupaient les cheveux de sorte qu'ils ne peuvent plus porter des cadenettes durant leur période de deuil qui dure un an.




Extrait du Journal de voyage fait par ordre du Roy dans l'Amérique Septentrionale
Adressé à Mme la Duchesse de Lesdiguières
Par le Père de Charlevoix de la Compagnie de Jésus
Tome deuxième
1744
Source: BANQ

Encore une fois, les cheveux des Amérindiens sont décrit avec des cadenettes.








J'étais sur le point de terminer cet article quand j'ai trouvé LA source qu'il me fallait pour décrire la cadenette. Cette source décrit les deux manières de définir la cadenette, comme la tresse portée à gauche plus longue que la chevelure et comme une queue nouée.

Extrait du dictionnaire critique de la langue française
Tome premier A-D
Par Jean-François Féraud
1787
Source: Gallica

Je tiens à souligner, malgré que cet article soit complet en ce qui a trait aux cadenettes, il ne contient pas tous les titres ayant utilisé ce mot aux 17ième et 18ième siècle. J'ai vu le mot utilisé pour décrire la perruque d'un acteur au théâtre, les cheveux des femmes en Chine, les cheveux des Amérindiens de la Louisiane... La liste des extraits n'est pas exhaustive.

Au final, la cadenette a servi à décrire différents accomodages et comme la plupart des mots ayant plusieurs définitions, le contexte permet de comprendre laquelle est utilisée.



Détail: Le repas de chasse
Artiste: François Boucher
1735
Exposé au Musée du Louvre


Je n'appellerais plus cette coiffure queue de rat mais bien cadenette à l'avenir!


Mlle Canadienne
Révisé le 2019-12-21

dimanche 18 août 2019

Fêtes de la Nouvelle-France 2019, et quelques approfondissements par rapport à la conférence sur la mode capillaire masculine


Bonjour,

Avec un peu de retard, j'aimerais revenir sur les Fêtes de la Nouvelle-France 2019. J'y ai présenté une conférence le samedi 3 août sur la chevelure masculine au 18ième siècle avec mon conjoint (et historien) Michel Thévenin. D'ailleurs, si vous voulez en voir quelques extraits, je vous invite à lire son article sur le sujet.

Durant la présentation aux Fêtes de la Nouvelle-France
3 août 2019


Nous avons eu plusieurs commentaires positifs et j'aimerais remercier les gens qui se sont déplacés pour venir nous voir et nous entendre.



J'aimerais ici faire un petit supplément d'informations par rapport a notre conférence.

Je vous invite à relire mon article sur les droits de pratiques du perruquier ainsi que celui fait avec l'aide de l'historienne Sophie Imbeault sur les perruquiers en Nouvelle-France (et accessoirement sur l'affaire des papiers du Canada).




Faisait-on des perruques au Canada au 18ième siècle?

Nous n'avons pas trouvé d'évidences directes que les perruquiers fabriquaient des perruques au 18ième siècle. Par contre, les sommes réclamées en lettres de change et papiers d'ordonnances par les perruquiers en 1763-1764 nous laisse à penser que oui, soit entre 210 et 4299 livres par perruquier.

À titre de comparaison, selon l'exposition du Musée Steward de 2018 ''Paris en vitrine, les boutiques au 18ième siècle'', le salaire annuel d'une servante varie entre 24 à 33 livres, celui d'un charretier entre 54 à 66 livres et celui d'un garçon d'écurie entre 60 à 66 livres.

Selon l'exposition ''Noblesse oblige!, la vie de château au dix-huitième siècle'' du Château de Prangins, musée national Suisse, un domestique gagne en moyenne 30 livres par semestre, donc 60 livres annuellement. Le salaire est donc sensiblement le même pour un domestique à Paris qu'en région (Prangin est au bord du lac Léman actuellement en Suisse, anciennement considéré en France à l'époque qui m'intéresse).

Lorsque je compare le salaire annuel d'un domestique, environ 60 livre par an avec les sommes réclamées par le perruquier Larche de Montréal de 4299 livres, je crois qu'il pratiquait l'activité la plus lucrative des perruquiers soit faire des perruques.




Petite anecdote perruquière au coeur de la guerre de sept ans

Lors de la fameuse bataille des Plaines d'Abraham le 13 septembre 1759, l'officier Louis-Antoine de Bougainville dont le campement était à Cap-Rouge aurait été averti par un perruquier de l'attaque des Anglais. Qui était-il, où vivait-il, l'histoire ne se souvient que de son métier...





Discorde entre corps de métiers (du moins à Paris)
Il ne faut pas mélanger coiffeur et perruquier...

Le corps des perruquiers a été inventé pour suivre la mode capillaire sous Louis XIII. Ce roi au début de son règne par maladie a perdu l'abondante chevelure qui le rendait si fier, décida de porter des cheveux factices pour retrouver son honneur capillaire perdu. Selon L'art du Perruquier de M. de Garsault (1767), seuls les perruquiers ont le droit de manier les cheveux des deux sexes depuis l'apparition du corps des perruquiers au début du 17ième siècle. Ceci inclut les soins de la tête (coupe de la barbe, coupe des cheveux, soins du visage) et la fabrication de la perruque.

Il semble que les perruquiers avaient négligé la gente féminine car un autre corps de métier apparait quelque peu illégalement au début du 18ième siècle: le coiffeur ou la coiffeuse. Ces termes ne désignent des gens de métier qui ne s'occupe que des cheveux de dames. Rappelons que les perruquiers font les cheveux des deux sexes, c'est-à-dire qu'ils les coupent aussi si la personne ne porte pas de perruque. Or dans les années 1760, la coiffure féminine change rapidement et commence à s'élaborer. Les perruquiers ne veulent pas se faire couper l'herbe sous le pied pour cette clientèle qui leur est légalement réservé. D'ailleurs, M. de Garsault dans le chapitre sixième ''des cheveux et perruques de femmes'' dans son Art du Perruquier précise que ces ouvriers et ouvrières qui se nomment coiffeur ou coiffeuse qui ne font pas parti du corps des perruquiers sont saissisable car le droit d'accomoder les cheveux des deux sexes appartient à eux seuls (les perruquiers)!


La réponse des coiffeurs est diffusée deux ans plus tard sous forme de pamphlet de 16 pages en 1769: L'art des coeffeurs de dames contre le méchanisme des perruquiers, poème. À lire ce poème, la discorde entre les coiffeurs et les perruquiers est palpable. Les coiffeurs prient ces dames de ne pas confier leur tête à cette engeance perruquière aux doigts savonneux, les traitant dès la première page de despotes chimériques ayant un empire tyrannique... Bref, les mots sont rudes envers les perruquiers.

C'est que perruquiers et coiffeurs voient en la chevelure féminine l'avenir de leur métier, la perruque masculine déclinant progressivement à partir du milieu du dix-huitième siècle. Marie-Antoinette rivalisera d'inventivité pour renouveler les modes féminines durant la décennie 1770 avec les perruques extravagantes qui ont marqué l'imaginaire du 18ième siècle jusqu'à nos jours. Donc oui, je crois que les coiffeurs et perruquiers avaient chacun leurs raison pour essayer de s'abroger le droit exclusif d'accomoder les cheveux des dames en 1767-1769.

Voici trois portraits de Marie-Antoinette, reine de France réalisés à différentes périodes de sa vie, regardez l'évolution de la mode capillaire féminine.

Portrait de 1769 par Joseph Ducreux
La coiffure a déjà commencé à être plus haute qu'en 1740-1750

Portrair de 1775 par Jean-Baptiste André Gautier-Dagoty
Le ''pouf'' est à la mode, mélangeant hauteur et boucles contre la nuque


Portrait de 1783 par Elisabeth Vigée-Lebrun,
La coiffure n'a plus de hauteur mais de la largeur et beaucoup de bouffant...






Des perruques dans les inventaires en Nouvelle-France.

Un dernier petit mot pour dire qu'il est mentions de perruques dans deux inventaires mentionné dans le lexique illustré de la Nouvelle-France 1740-1760 par Suzanne et André Gousse. Suzanne Gousse est aussi responsable du développement des patrons historiques La Fleur de Lyse.


Alors voilà, je voulais partager quelques approfondissements sur les perruquiers en Nouvelle-France


Mlle Canadienne



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