Bonjour!
Voici la suite à propos des sources autochtones, ici référant exclusivement de l'utilisation de laine colorée européenne par les Premières Nations au cours du XVIIIe siècle.
Encore une fois, puisqu'il s'agit de citer des sources d'époque à propos des peuples des Premières Nations d'Amérique du Nord, je tiens à renouveler cet avertissement. Ces textes utilisent des termes qui, aujourd'hui, sont inexacts comme «indiens» ou péjoratifs comme «sauvages». Je veux simplement aviser le lecteur de leur présence, inaltérable pour préserver la véracité historique des textes originaux. Cependant, l'utilisation de ces termes en description des sources historiques n'est pas une adhésion aux valeurs qu'ils peuvent véhiculer.
Pour rappel, j'ai déterminé dans mon premier article qu'il existe un vide lexical en français ou en anglais pour évoquer la technique précurseure du fléché, les mots de tressage et tissage aux doigts étant à la fois proches et distincts de la réalité évoquée, alors j'utilise les deux de manière interchangeable.
Parlant de lexique et de vocabulaire, un dictionnaire manuscrit entre les langues française et miami-illinois vers 1730-1740 par Jean Baptiste Le Boulanger montre bien que la laine à filer était connue dans la langue des miamis illinois, puisque les mots qu'ils utilisent pour la désigner sont très différents des langues européennes.
| «Laine : pi8e8i poil; piminac8egane laine à filer...» Dictionnaire français-miami-illinois Jean-Baptiste Le Boulanger vers 1740 Source: Internet Archive |
| Définitions du mot ceinture Dictionnaire français-miami-illinois Jean-Baptiste Le Boulanger vers 1740 Source: Internet Archive |
Cette définition précise comment dire une ceinture longue, une ceinture courte, une ceinture rouge, une ceinture noire, une grosse ceinture à gros fils, une ceinture déliée fine, une ceinture de brayet de fil... On ne sait pas si ces fils sont tressés/tissés aux doigts ou fléché mais ils sont bien présents pour décrire les types de ceintures dans le vocabulaire des Miamis-Illinois.
Je vous avais partagé dans le dernier article des aquarelles de l'artiste Sarah Stone illustrant les artéfacts récoltés par Sir Ashton Lever avant leur vente aux enchères de 1780. Quelques planches semblent être des ceintures ou courroies de laine garnies de rassades:
| Dessin de Sarah Stone montrant un artéfact nord-américain de la collection de Sir Ashton Lever Illustration de 1780 Source: British Museum |
Le motif de demi chevron est clairement évoqué dans cette ceinture avec des diagonales de rassades blanches. |
| Dessin de Sarah Stone montrant un artéfact nord-américain de la collection de Sir Ashton Lever Illustration de 1780 Source: British Museum |
| Ceinture Anishnaabe à double oeil de lynx garni de rassades vers 1750-1850 Source: GRASAC |
| Dessin de Sarah Stone montrant un artéfact Nord Américain de la collection de Sir Ashton Lever Illustration de 1780 Source: British Museum |
| Détail d'une ceinture de laine Le détail montre que même en utilisant une couleur unie, le motif de l'oeil de lynx semble être utilisé, montrant une importance dans le geste du motif pour les autochtones Ramenée par Jeffrey Amerst avant 1763 Source: British Museum |
| Jarretières de laines garnies de rassades dont les franges sont enroulées de poils de porc-épic teints se terminant par des cônes métalliques et des poils de cervidés teints ramenées par Jeffrey Amerst avant 1763 Source: British Museum |
Si ce type de tressage/tissage aux doigts est plutôt convenu, j'ai découvert une sorte de ceinture autochtone à laquelle je ne m'attendais pas, elle ressemble littéralement à des filets faits de tresses entrecroisées.
| Source: British Museum |
| Ceinture de laine des Algonquiens des Grands Lacs décorée de piquants de porc-épic Vers 1780 Musée Canadien de l'histoire Courtoisie Jean-François Lozier |
| Ceinture de laine des Algonquiens des Grands Lacs décorée de piquants de porc-épic (même artéfact) Vers 1780 Source: Musée Canadien de l'Histoire |
| Détail montrant le ruban de carquois d'un guerrier Renard Vers 1730 Source: Library of Congress |
Les prochaines illustrations sont le fait d'un artiste en herbe dont les traits, tant pour les coloniaux européens que pour les autochtones, ressemblent plus à de la caricature qu'à des portraits en ressemblance photographique. Malgré cela, ils recèlent des détails de costume très intéressants. Ceci étant souligné, ils portent tous des sangles de poitrine colorées pouvant être des piquants de porc-épic teints ou de la laine tressée/tissée aux doigts.
| Détail d'une esquisse d'un autochtone 1751-1758 Artiste: George Townshend, 4e Vicomte et 1er Marquis Townshend Source: National Portrait Gallery |
| Détail d'une esquisse d'un autochtone 1751-1758 Artiste: George Townshend, 4e Vicomte et 1er Marquis Townshend Source: National Portrait Gallery |
| Détail d'une esquisse d'un chef de guerre autochtone 1751-1758 Artiste: George Townshend, 4e Vicomte et 1er Marquis Townshend Source:National Portrait Gallery |
Je voudrais ici revenir sur la description des ceintures des femmes huronnes de Gabriel Sagard, texte publié en 1632 et mentionné dans le dernier article pour interpréter différemment son expression « fort proprement tissuës»
| Extrait descriptifs des accoutrements féminins chez les hurons à propos de ceintures de «poils porc-épic teints en rouge cramoisi et fort proprement tissues»... Sagard, Gabriel, Le grand voyage du pays des Hurons [...], A Paris, chez Denys Moreau., 1632, 1 ressource en ligne (380, 12, [146] p.), page Collections de BAnQ. Source: BaNQ numérique |
Le père Sagard a expliqué que le tissage de chanvre des autochtones fait sur les cuisses servait à faire des «filets» (comprendre fils fins) et était destinés aux rets (ouvrage de corde, de fil, de soye, noüé par mailles & à jour, pour prendre du poisson, des oiseaux) de pêche. De tels fils ne semblent pas être ceux utilisés pour servir de base pour les ceintures de porc-épic, décrites comme proprement tissées. S'il s'agit de ceintures qui sont tissées, s'agirait-il là d'une preuve des échanges inter-nations entre les Hurons et les Iroquois ayant accès aux buffalos, ces boeufs sauvages ayant un poil propre à filer? L'utilisation de colliers de porcelaine par les Hurons et les Iroquois est déjà une preuve de tels échanges car les coquillages marins desquels il est possible de fabriquer les perles de «wampums» proviennent de la côte Atlantique. Les nations situées à l'intérieur du continent américain n'y ont accès que par l'échange de marchandises. Cette interprétation renforcerait l'idée que les Autochtones n'aient pas attendu l'arrivée des Européens pour faire un réseau d'échange de matériel à l'intérieur du continent.
Comme nous avons vu avec les aquarelles de Sarah Stone, l'utilisation de fils de laine colorés pour tressage/filage aux doigts semble s'être répandue avec l'accentuation du commerce entre Autochtones et Européens au cours des XVIIe-XVIIIe siècle.
L'officier français Pierre Pouchot parle de l'habillement des autochtones dans ses mémoires de la Guerre de Sept ans, originalement publiés en 1781 à Yverdon, soit douze ans après le décès du capitaine du régiment du Béarn. Ils ont été réédités en 2003 par les Éditions Septentrion. C'est cette édition que j'ai consultée. À la page 261 commence un chapitre nommé « Des moeurs et des usages Des Sauvages de l'Amérique Septentrionale». C'est dans ce chapitre que vient cette citation particulièrement intrigante sur les ceintures de laine autochtones:
«Les hommes portent une ceinture d'environ six pouces de largeur en laine de différentes couleurs, que les Sauvagesses font avec un dessin à flamme très proprement.» -page 268
Pierre Pouchot connait très clairement la différence visuelle entre laine tressée/tissée aux doigts et piquants de porc-épic puisqu'il décrit leurs jarretières et mitasses ainsi:
Leur chaussures consiste en une espèce de guêtre d'étoffe de molleton frisé, rouge, blanc ou bleu. Cette guêtre est cousue en long, suivant la forme de la jambe, et a quatre doigts d'étoffes en dehors de la couture. Ces quatre doigts d'étoffes sont brodés en rubans de différentes couleurs, mêlé à des dessins de rasades; ce qui forme un joli effet, surtout quand la jambe n'est pas trop courte et trop fournie, ce qui est rare parmi eux. Outre cela, ils portent des jarretières de rasade ou de porc-épic, brodées, de quatre doigts de largeur, et qui forment un noeud sur le côté de la jambe» - page 265
Il est très tentant de faire un raccourci entre les ceintures à dessin de flammes évoqué par Pouchot et cette ceinture iroquoise garnie de rassades donnée par le chef Joseph Brant ( encore lui ?) à des amis d'Albany vers 1800:
| Ceinture à motifs de flèches nettes sans coeur de flèches garnies de rassades seulement sur une bordure Donnée par le chef Joseph Brant à des amis albanais vers 1800 Source: Instagram du Fenimore Art Museum |
Et peut-être s'agit-il du même motif... Cependant, rien ne permet de confirmer dans ce sens. Dans le livre de Theodore Brasser «Native American Clothing history an illustrated history», l'auteur nous indique que malgré les ressemblances avec la ceinture dite Assomption provenant de la traite canadienne-française, on peut affirmer que cette ceinture est autochtone par l'absence de coeur de flèche typique du style canadien-français et la présence de perles qui n'est pas une pratique canadienne-française mais bien une pratique autochtone.
D'ailleurs, une ceinture du Musée des Beaux-Arts du Canada est nommée ceinture à la flamme, ressemblant à l'appellation de Pierre Pouchot. et présente un tout autre motif.
Ceinture à la flamme
vers 1800-1850
Source: Musée des Beaux-Arts du Canada
Bien que ce motif tressé/tissé aux doigts de triple chevrons ne soit pas à proprement dit du fléché, je trouve intéressant la nomenclature de «à la flamme» du musée. En cherchant la définition de flamme dans le premier dictionnaire de l'Académie Française de 1694, j'ai trouvé ceci:
«Flamme. Terme de marine, Banderole longue & estroite, qui est fenduë en deux par la pointe, & qu’on attache aux vergues, antennes, & mats des navires & des galeres. Le vaisseau entra au port avec ses banderolles & ses flammes.»
Est-ce possible que la flamme dont fait référence Pierre Pouchot soit celle du pavillon de marine? Il semble avoir un lien visuel avec la ceinture du musée des Beaux-Arts du Canada, la longue banderole étroite et fendue par la pointe m'évoque le motif chevron.
En regardant dans un autre dictionnaire d'époque, le Dictionnaire de Furetière de 1690, la flamme de marine est aussi décrite avec moult détails qui étrangement évoquent moins le motif chevron que celle du dictionnaire de l'Académie Française. La description du mot flamme inclut aussi les dessins de broderie des manteaux des Chevaliers de l'Ordre du St-Esprit.
| Partie de la définition du mot flamme Dictionnaire universel de Furetière Volume 2 1690 Source: Google Books |
| Manteau de Chevalier de l'Ordre du St-Esprit au chiffre L montrant des flammes brodées vers 1722 Source: Musée du Louvres |
Tout compte fait, les définitions des dictionnaires anciens n'aident pas vraiment à comprendre ce que voulait évoquer exactement Pierre Pouchot. En tout cas pour ma part, le doute persiste entre quelle définition choisir.
Un témoignage précieux de l'habillement autochtone dans la région des Grands Lacs nous est parvenu sous la forme d'un «habit de chef» anishnabe qui a appartenu au lieutenant britannique Andrew Foster alors qu'il était en poste dans la région des Grands Lacs entre Détroit, les rapides des Miamis et Michillimakinac entre 1763 et 1790. Bien que l'officier ne semble pas avoir laissé des écrits sur la matière, plusieurs cérémonies autochtones requièrent des échanges de cadeaux et cet accoutrement semble être un cadeau des Anishnabes au Britannique. La légende familiale Foster accompagnant les vêtements veut que leur aieul Andrew Foster ait été enlevé par des autochtones pour ensuite être fait chef parmi eux durant cette période.
Une source écrite expliquant l'acquisition de ces vêtements autochtones par un officier britannique durant la période de la Guerre d'Indépendance américaine dans la région des Grands Lacs n'a pas encore été trouvée. Le moment et la méthode de l'acquisition de ces vêtements par le Britannique demeure donc mystérieux.
| Extrait de la vidéo: «Global trade and an 18th-century Anishinaabe outfit by Dr David W. Penney, National Museum of the American Indian, Smithsonian Institution and Dr Steven Zucker» Source: Smarthistory |
Tandis que certaines pièces de vêtements et accessoires sont «exclusivement» autochtones comme le sac de ceinture, l'amulette de perles de porcelaine et les mocassins de peau brodés de poils de porc-épic, d'autres montrent l'ampleur des échanges avec les Européens et de leur place dans l'économie mondiale. En effet, le tissu de coton fleuri de la chemise, montrée ici, si prisé des Premières Nations était tissé et imprimé en Inde, littéralement à l'autre bout du monde!
| Détails de la ceinture à chevron offerte au Lieutenant britannique Andrew Foster Vers 1790 Source: Smarthistory |
Le détail du tressage/tissage aux doigts en double chevron, encadré de deux petites bandes noires garnies de rassades et cousues en surjet me rend admirative. La question demeure: est-ce un savoir-faire exclusivement canadien-français, auquel cas il s'agit d'un autre produit d'importation comme la chemise, les étoffes de laine des jambières/mitasses et les boucles de métal qui ornent la coiffe? Se pourrait-il que ce soit de ce motif à double chevron avec des rayures que l'officier Pierre Pouchot évoque en parlant de dessin de flammes très proprement? Disons que le poids des influences mutuelles pour l'utilisation de ceintures de laine tressées/tissées aux doigts me semble plus important que l'hypothèse de l'exclusivité canadienne-française prônée par Mme Monique Genest-Leblanc. Comme nous l'avons vu dans le premier article, cette ceinture n'est pas à proprement parler de la technique du fléché puisqu'il s'agit de chevrons et non de tête de flèches.
| Dessin de Sarah Stone montrant un artéfact Nord Américain de la collection de Sir Ashton Lever Illustration de 1780 Source: British Museum |
La présence de ce dessin diminue grandement l'hypothèse que la ceinture de l'habit anishnabe du lieutenant britannique Andrew Foster soit un produit d'importation de la vallée du St-Laurent et tressé/tissé aux doigts par des Canadiennes. Rappelons que les artéfacts de Sir Aston Lever ont été obtenus via les circuits de traites des futures treize colonies tandis que les Anishnaabes étaient alliés des Canadiens et des Français durant cette même période.
Cette constatation confirme que l'utilisation de laine pour fabriquer des jarretières, ceintures et sangles se soit répandu sans discrimination d'alliance parmi les peuples autochtones.
Les jarretières de cet habit sont aussi impressionnantes et respectent les estimations d'environ quatre doigts de largeur décrites par l'officier Pierre Pouchot:
| Détails d'une jarretière offerte au Lieutenant britannique Andrew Foster Vers 1790 Source: Smarthistory |
Il m'a fallu une longue période d'observation de ces jarretières pour reconnaitre qu'une technique de fléché a été nécessaire pour réaliser une partie de ces jarretières. En effet, le motif central est composé de «X» blancs encadrés de rouge, il s'agit de deux têtes de flèches qui se rencontrent à la pointe. Les deux bandes qui l'encadrent sont appelées oeil de lynx et sont un motif dérivé du chevron. Il s'agit là d'une preuve de l'utilisation du fléché avant 1799, s'il en fallait une, utilisé ici dans un contexte qui me semble autochtone.
| Détails d'une jarretière offerte au Lieutenant britannique Andrew Foster Vers 1790 Source: Smarthistory |
On peut voir que les bandes noires perlées sont elles aussi cousues comme pour la ceinture à double chevron. Cette jarretière est en réalité composée de cinq bandes tissées séparément et cousues ensemble, ce que permet de voir cette photographie. J'ai mis en vert les coutures sur la prochaine photo.
| Détails de construction d'une jarretière offerte au Lieutenant britannique Andrew Foster Vers 1790 Source: Smarthistory |
| jarretière offerte au Lieutenant britannique Andrew Foster Vers 1790 Source:National Museum of the American Indian |
Cette photo à plat des jarretières permet de mettre en évidence les attaches cousues sur l'envers de la jarretière du bas, illustrant par le fait même la fonction hautement décorative de ces jarretières.
| Extrait de la vidéo:«Art Speaks: Cosmic Geometry in Anishnaabe Textiles» Publiée par le Saint Louis Art Museum |
| Ceinture à double chevron recueillie par Andrew Foster lors de son affectation dans la région des grands Lacs Source: GRASAC |
| Portrait du Lieutenant John Caldwell 1780 Source: National Museums Liverpool |
Les détails de la photo disponible en ligne ne permettent pas de voir les détails de la ceinture, s'il y en a, ni les détails des jarretières, que nous venons de voir peuvent être aussi sujette à inclure des techniques de fléché. Les jarretières semblent être garnies de rassades.
On voit dans ce portrait toute la symbolique des négociations de paix auxquelles Le lieutenant John Caldwell a participé: le collier de porcelaine dans la main droite, la hache de guerre dans la main gauche et l'habit autochtone pour indiquer qu'il avait un droit de parole lors de ces négociations.
| Ceinture de laine avec décoloration volontaire garnies de perles blanches Attribué à la collection de John Caldwell Vers 1780 Source Musée Canadien de l'histoire |
| Ceinture à double chevron Attribué à la collection de John Caldwell Vers 1780 Source Musée Canadien de l'histoire |
| Bandoulière de corne à poudre à triple chevron Attribué à la collection de John Caldwell Vers 1780 Source Musée Canadien de l'histoire |
| Ceinture de laine rouge à bordure verte garnie de rassades blanches Attribué à la collection de John Caldwell Vers 1780 Source Musée Canadien de l'histoire |
| Jarretières de laine rouge et verte garnies de rassades se terminant d'un côté par des franges enroulées de poils de porc-épis avec au bout des cônes métalliques et des poils de cervidé teints Attribué à la collection de John Caldwell Vers 1780 Source Musée Canadien de l'histoire |
| Jarretières de laine bleue bordée de rouge garnies de rassades se terminant d'un côté par des franges enroulées de poils de porc-épis avec au bout des cônes métalliques et des poils de cervidé teints Attribué à la collection de John Caldwell Vers 1780 Source Musée Canadien de l'histoire |
| Ceinture entre 1700 et 1750, faite de laine, perles et chanvre consistant en trois tresses plates cousues ensemble, l'enchevêtrement des perles dans les tresses produisant un motif. Longueur: 182.8 cm Largeur: 7.6 cm Courtoisie: Pocumtuck Valley Memorial Association's Memorial Hall Museum, Deerfield, MA Histoire de cette ceinture: Un frère et une soeur, Stephen et Eunice Williams de la Nouvelle-Angleterre ont été pris captifs en 1704 lors du raid sur Deerfield au Massachusetts par les Canadiens. Ils ont été adoptés par une famille de Kannawake (Nation Kanienkehaka). Lorsqu'on leur a offert la possibilité de retourner dans leur colonie, le frère décide d'y retourner mais la soeur reste à Kannawake et épouse un autochtone, Arosen Kanenstehawi. Eunice, et son mari Arosen, offrirent cette ceinture à son frère Stephen, qui est devenu révérend après son retour au Massachusetts. Le révérend Williams conserva précieusement cette ceinture perlée ainsi que les générations qui le suivirent. |
- Les Autochtones de l'Amérique du Nord connaissaient les techniques de filage, teinture, tressage/tissage aux doigts avant l'arrivée des Européens avec les poils de buffalos. Le mouton n'est pas le seul fournisseur de laine possible.
- Les Autochtones utilisaient des motifs géométriques avec entre autres des pointes de flèches pour décorer des robes de peaux.
- L'utilisation de poils de porc-épic teints étaient probablement la principale source de couleur dans les habits autochtones avant l'importation de laine européenne. Les couleurs de ces poils étaient plus riches et soutenues que celles des textiles européens lors de la même période. Le père Pierre-François-Xavier de Charlevoix le 20 octobre 1721 parle aussi de laine teinte en rouge, jaune ou noir de buffalo mise en étoffes pour faire des robes. Il n'est pas impossible que ces même fils teints aient été utilisés pour en faire du tressage/tissage aux doigts de ceintures, jarretières ou courroies.
- L'utilisation de perles/rassades répandues dans les mentions de sources de ceintures durant la période de la Nouvelle-France en contexte français/canadien (1/3 de l'inventaire de Kévin Gélinas) démontre bien la volonté d'adaptation et d'échanges interculturels des Français/Canadiens avec les Autochtones de la période coloniale.
- La première datation de technique fléchée est, selon ma recherche ici présentée, sur une jarretière autochtone donnée à un officier lors de son service dans la région des Grands Lacs dans la fourchette temporelle de 1763-1790. Quoiqu'il n'est pas impossible que cette jarretière ait été importée des Canadiennes de la vallée du St-Laurent avant d'être cousue avec les autres bandes textiles, il m'apparait plus probable que cette jarretière ait été tressée/tissée aux doigts par une Annishnabe de cette région à partir de laine importée.
| Ceinture Anishnabee tressage/tissage aux doigts en flèches nettes Source: National Museum of the American Indian |
| Ceinture Anishnaabe possiblement en poils de buffalo? garnies de rassages Source: National Museum of the American Indian |
| Ceinture iroquoise Faites de laine et de plusieurs bandes de tête de flèches garnies de rassades cousues les unes aux autres Source: National Museum of the American Indian |
| Ceintures Pawnee exposées au Field Museum de Chicago en 2013 Courtoisie Joseph Gagné |
| Gros plan d'une ceinture fléchée avec perles Exposée au Detroit Institute of Art dans la section First Nations en 2025 Photo: Cathrine Barber |
| Gros plan d'une ceinture Iroquoise garnie de rassade Source: National Museum of the American Indian |
| Ceinture fléchée vers 1765-1766 Source: Musée McCord-Steward |
Cette dernière ceinture est la première que je trouve à être formellement datée de la seconde moitié du XVIIIe siècle par un musée et avoir un motif clairement identifiable de fléché. l'utilisation de perles blanches en fait indubitablement un artéfact autochtone. Peut-être que la ceinture de l'inventaire de 1757 avait ce motif? Comment le Musée Steward-McCord a-t-il réalisé la datation de cet artéfact? Ces questions demeurent sans réponses.
J'aimerais terminer cet article avec cette illustration de 1780 envoyée à une famille ducale bavaroise de la part d'un militaire allemand y ayant travaillé comme forestier plus tôt dans sa vie. Cette aquarelle est souvent utilisée pour illustrer les premières ceintures fléchées. Tant les Canadiens que les Autochtones illustrés la portent. Trop souvent, cette illustration a été tronquée de sa partie supérieure pour ne montrer que les habits canadiens.
| «Bauern heute von Canada» «Les paysans/habitants du Canada» Ancien forestier allemand d'une famille ducale bavaroise remis dans une lettre de 1780 Source: Royal Ontario Museum |
| Détail des costumes autochtones de «Bauern heute von Canada» «Les paysans/habitants du Canada» Ancien forestier allemand d'une famille ducale bavaroise remis dans une lettre de 1780 Source: Royal Ontario Museum |
Deux des autochtones illustrés portent une ceinture de laine colorée. Encore une fois, le style de dessin ne permet pas d'identifier la technique utilisée pour la fabrication de ces ceintures.
| Détail des costumes canadiens «Bauern heute von Canada» «Les paysans/habitants du Canada» Ancien forestier allemand d'une famille ducale bavaroise remis dans une lettre de 1780 Source: Royal Ontario Museum |
J'aimerais remercier Kévin Gélinas, Joseph Gagné, Kris Daman, Christine Landry Matamoros, pour leur aide à la réalisation de cet article. Un merci particulier à Raechel Katherine Ingram et Gilbert Desmarais pour leur lecture en tant que membre des Premières Nations. Merci à Un immense merci à Michel Thévenin pour son support durant mes périodes de rédaction et sa correction orthographique.

