jeudi 23 juillet 2020

Livres ou francs, une question de vocabulaire

Bonjour,

Aujourd'hui je vous partage un court article sur une question d'argent. Les livres et les francs, quelles étaient leurs valeurs respectives?

La livre tournois est l'unité monétaire de base au 18ième siècle. Elle est divisée en 20 sols aussi nommé sous dans certaines sources. Chaque sol vaut 12 deniers.

Les pièces d'or et d'argent valent plusieurs livres. Par exemple, le Louis d'or vaut 24 livres et un écu d'argent vaut 6 livres.
Écu d'argent de Louis XV dit au bandeau
Source: Numista
.

Mais qu'en est-il des francs?

La réponse du dictionnaire de l'Académie Française de 1742, troisième édition:



Les francs n'est donc pas une monnaie tangible mais ils ont la même valeur que les livres. Il est certains chiffres devant lesquelles le mot franc ne peut apparaitre: un, deux, trois, et cinq. Cela veut dire qu'une somme de deux livres sera toujours exprimée en livres mais une somme de sept livres peut aussi être nommée en sept francs. Une somme à laquelle suit une fraction sera toujours nommée en livre. Autrement dit, c'est autant une leçon de mathématique que de français de savoir nommer une somme au 18ième siècle!

Pour s'en rendre compte, la description du mot livre est beaucoup plus longue.





Selon cette définition, la plupart des items de petite valeur seront plutôt nommés en sols (ici sous) ou en francs plutôt qu'en livres. 

Bref, bien nommer ses sous n'aura jamais été aussi compliqué!

Mlle Canadienne


dimanche 3 mai 2020

L'art de l'habillement, semblable à l'art de la poésie


Bonjour,

Lors de la rédaction de mon dernier article sur les perruquiers en Nouvelle-France, je suis tombée sur un texte qui donnait une définition de la perruque cavalière.

Aujourd'hui, j'ai envie de transcrire et commenter ce texte en entier tellement il est chargé de la culture du siècle des Lumières en ce qui a trait à l'habillement.

D'abord, parlons un peu du livre duquel il est tiré. Publié à La Haye, aux Pays-Bas en 1723, Le mentor moderne ou Discours sur les moeurs du siècle. tome 3 est une traduction de plusieurs auteurs Anglais dont Joseph Addison et Richard Steele. Le livre semble être un recueil de textes publiés dans le journal ''The Spectator'', un journal anglais à parution quotidienne des années 1711 et 1712. Une tentative de relance du journal à parution tri-hebdomadaire a duré 6 mois en1714.

The Spectator
Édition du 7 juin 1711
Source: Wikipédia

Le lectorat visé par ce journal était la classe moyenne émergente, les marchands et les commerçants. Joseph Addison estimait qu'un seul exemplaire de ce journal était lu par des milliers de Londoniens. Les textes de ''The Spectator'' ont été réédité à plusieurs reprises au cours du dix-huitième siècle, rejoignant même des lecteurs américains comme Benjamin Franklin et James Madison, le 4ième président des États-Unis d'Amérique.


Dans le numéro 10 du journal, l'objectif du journal est dépeint. Il visera à ''élever la morale avec de l'esprit et tempérer l'esprit avec de la morale'' (to enliven morality with wit, and to temper wit with morality).

La prose, même traduite, permet d'apprécier ces traits d'esprit et de morale des auteurs qui ont été appréciés à mon avis tant en anglais qu'en français. À mon avis, lire un texte ancien permet d'un peu mieux appréhender la culture de l'époque qui l'a vu naitre par le choix des mots, les structures de phrases, le type d'humour...

Habituellement, je préfère me concentrer sur les sources qui viennent directement de France mais puisque le discours que j'ai sélectionné réfère très souvent aux Français et qu'il est truffé de perles de traits d'esprits à propos des vêtements, j'ai décidé de vous le partager. Je vous propose ici une transcription en français moderne de la traduction française de 1723. Celle-ci est disponible ici sur Gallica (le discours choisi débute à la page 188 et se termine à la page 204 du document). Les mots en italique et les majuscules sont respectées du texte original.

Le partage de ce texte est aussi une excuse pour partager des peintures, pastels et autres documents iconographiques du dix-huitième siècle pour illustrer le propos de ce discours sur la mode. Vous aurez un aperçu des images qui me sont venues en tête lors de la lecture de ce discours. La majorité des images utilisées datent de la première moitié du dix-huitième siècle.

''Discours CXXV
-Uratur vestis amore tuae-
Qu'il devienne amoureux de la beauté des ajustements

Dans un de mes discours précédents, j'ai fait tous mes efforts pour développer le Mécanisme du Poème Épique, & j'ai donné à mes Lecteurs la Recette selon laquelle on peut composer des ouvrages de cette importance, sans que le Génie en soit un des ingrédients. Je traiterai aujourd'hui un sujet d'une plus grande étendue, & d'une utilité bien plus générale. Toutes mes réflexions rouleront sur l'ajustement mis en parallèle avec la Poésie.

L'ajustement est devenu une matière tellement considérable, qu'on ne saurait la négliger, pour peu qu'on ait de la tendresse pour soi-même; c'est cette apparence extérieure, qui nous attire des civilités & des respects; c'est elle qui prête du lustre à chacune de nos actions, c'est elle qui nous sert de passe partout, pour nous introduire dans les meilleures Compagnies, enfin c'est elle qui fait le mérite de notre Jeunesse Britannique. 
Autrefois une opinion fort hétérodoxe régnait parmi les Gens de Lettre, qui s'imaginaient, que pour s'établir dûment dans le Caractère de Bel-Esprit, il était d'une nécessité absolue de mépriser tout ajustement. Cette affectation peu judicieuse affaidissait leur conversation, elle ôtait la force à tous les termes, dont ils se servaient, & les rendait incapable d'exciter l'attention d'une Compagnie femelle pour les meilleures choses, qu'ils pouvaient dire. Ils avaient le chagrin de voir qu'à leur barbe un Idiot bien habillé s'emparait des oreilles des Dames aussi bien que de leurs yeux, & qu'à chaque fadaise qu'il prononçait il était honoré d'un ris applaudissant, qui le félicitait de savoir si bien ajuster ses pensées.
Avant que d'entrer dans le détail de mon sujet, je poserai comme un principe incontestable, & appuyé de l'autorité de tous les siècles, qu'il faut avoir du génie pour s'habiller.
Le génie, comme l'on sait, n'est point un effet de l'art, mais un don de la Nature. On le voit évidemment à l'égard de l'espèce de génie, dont il est question; on en découvre déjà quelques rayons dans la première enfance. Le petit Monsieur, qui ne fait qu'essayer encore des paroles mal articulées, se met à rire, dès qu'on remue devant lui les plumes de son Bonnet, & il se précipite pour jeter ses menottes dans la Perruque blonde de son papa.
The duke of Buckingham and his family,
D'après Gerrit van Honthorst
1628
Source: National Portrait Museum de Londres

La petite Demoiselle est charmée quand on l'ajuste avec les rubans de sa mère, elle regarde avec transport les couleurs vives d'un éventail, & elle tend son petit bec à un Cavalier brodé, pendant qu'elle se cache à la vue du tablier bleu de la Blanchisseuse. A peine a-t-elle trois ans que l'ajustement de sa Poupée devient sa plus grande occupation, & l'on voit souvent que son goût se déploie déjà dans sa manière d'orner cette Machine.
Madame d'Orval et Mademoiselle de Wargemont
Artiste: Louis Carrogis dit Carmontelle
vers 1760
Source: Musée Condé, Chantilly, France
Inclination de l'âge
Gravure de Louis-Pierre de Surrugue selon Jean-Baptiste Chardin
1742
Source: Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

Nous avons une espèce d'esquisse d'ajustement dont l'invention est étrangère, aussi bien que le nom, c'est le déshabillé; chaque partie de cet ajustement est mise d'un air libre et négligé, & pour ainsi dire, à tout hasard; mais un certain génie se découvre pourtant à travers cette négligente apparente, de la même manière qu'on découvre l'habileté d'un Peintre dans deux ou trois hardis coups de Pinceau.

Le matin
Artiste: Nicolas Lancret
1741
Source: The National Gallery

Jeune femme à sa toilette
Artiste: François Eisen
1742
Source: Musée de Perthes, Abbeville, France

Il faut rendre justice à la Nation Française, qu'elle surpasse toutes les autres dans l'étendue, & dans la fécondité de cette branche du génie; il n'y a pas une mode, qui soit à présent en vogue parmi nous, dont nous ne soyons redevables à l'heureuse imagination de nos ingénieux Voisins. Les Dames d'entr'eux déploient toute la force & toute la fertilité de leur esprit, sur chaque nouvelle jupe qu'elles songent à donner au Public; celles, qui se distinguent, ménagent tous les jours quelque agrément à leur coiffures, & elles auraient honte de paraitre deux fois de suite ajustées précisément de la même manière.
Quoique le Beau Sexe parmi nous soit très inférieur à cet égard aux Françaises, il faut avouer qu'il a infiniment plus de génie généralement parlant, que nous autres hommes; on peut dire même que depuis quelques années nos Dames ont fait des efforts d'inventions extraordinaires, & que par la Consomption de nos Manufactures; pendant que les hommes se sont contentés d'étendre ou de resserrer les bords de leur chapeau, & de varier un peu la Pâte de leur Poches, nos Belles ont baissé leur coiffure, elles se sont renfermées dans le vaste retranchement des Jupes de Baleine, & elles ont exercé un pouvoir arbitraire sur les falbalas de toutes sortes. Le Corps a été baissé par derrière, pour mieux étaler la beauté du col & de ses dépendances, & les manches ont pris plusieurs figures différentes; sans faire mention ici de certaines délicatesses d'ajustement, qui sortent des règles générales de la mode, & qui procèdent du goût particulier de certains génies extraordinaires. Après ces préambules je viens au fait; l'Art Poétique, & l'Art de l'ajustement ont de si étroites liaisons, que les règles de l'un peut parfaitement être appliqué avec l'autre.

Portrait de Catherine Barthe, épouse de Jean de Souhigaray
Attribué à Ferdinand Jacob Voet
avant 1700
Source: Musée des Beaux-Arts de Nantes, France

Le ''corps'' vers la fin su 17ième siècle a grandement dénudé les épaules des dames devant et derrière.


Comme dans un Poème toutes les parties différentes doivent avoir une certaine harmonie avec le tout, il faut s'habiller d'une manière symétrique, que l'Habit, la Veste, & les Culottes soient de la même pièce, & se soutiennent mutuellement par l'uniformité de la couleur. 


Monsieur de Gribeauval, inspecteur général de l'Artillerie
Artiste: Louis Carrogis dit Carmontelle
 1760
Source:Musée Condé Chantilly, France

Monsieur de la Condamine,
Artiste: Louis Carrogis dit Carmontelle,
1760
Source: Musée Condé, Chantilly, France

Aristote prescrit à tous les  Poètes Dramatiques une observation judicieuse du Temps, du Lieu, & de l'Action. Cette maxime est excellente, mais elle ne convient pas moins à ceux qui s'appliquent à l'étude profonde de l'ajustement; commençons par le temps; qu'y a-t-il de plus absurde que l'habit de velours en été? Et cependant quoi de plus charmant en hiver?
Portrait d'un homme en habit de velours
École napolitaine
18ième siècle
Source: Archives encan Bonhams
Antoine-René de Voyer, marquis de Paulmy d'Argenson (1722-1787) 
Artiste anonyme,
18ième siècle,
Source: musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

Admirez le justaucorps de velours bleu doublé de fourrure à parements d'hermine.

Le manchon et la palatine de fourrure font un ridicule effet au mois de Juin, & sont agréablement remplacé par l'Éventail, & par le Fichu de Turquie. En un mot, chaque partie de l'habillement doit se rapporter à la Saison, & il n'est pas possible de s'habiller avec esprit sans s'accommoder au temps.
Jeune Femme au Manchon
Artiste: François Boucher
Second quart du 18ième siècle
Source: Musée du Louvres, département des Peintures
Portrait d'artiste, dit la Manzanelli chanteuse,
Artiste: Charles Antoine Coypel
Vers 1730-1740
Source: Musée du Louvres, département des peintures

La palatine est ce ruban de fourrure autour du cou

Charlotte Philippine de Châtre du Cangé, Marquise de Lamure
Charles Antoine Coypel
Vers 1735
Source: Worcester Art Museum

(Malgré ce que le discours insinue, il existe des portraits mêlant éventail d'été et fourrures d'hiver)

Ile ne faut pas que celui qui se pique de savoir se mettre, soit moins exact observateur du Lieu; qu'y a-t-il qui donne un air plus aisé à une Dame le matin à sa Table à Thé qu'une Robe de Chambre ouverte & flottante?
Portrait d'une femme artiste
Artiste: Inconnu, école française
Vers 1735
Source: Art Institute of Chicago

N'est-il pas sûr encore que les hommes qui entendent l'art de s'habiller peuvent se montrer aux Bains, sans choquer les bienséances, avec de belles Indiennes, ou d'autres Robes de magnifiques.
Portrait de Samuel Bernard, conte de Coubert
Artiste: Louis Ferdinand Elle le Jeune
Vers 1680
Source: Collections Château de Versailles

Pour ce qui regarde l'action, c'est elle sans contredit, qui donne l'âme à l'ajustement aussi bien qu'à la Poésie. La tête, les bras, les jambes; tout doit conspirer à répandre le bon air sur un habit; qu'est-ce qui distingue le plus la parure de la Cour d'avec celle de la Province, c'est sans doute dans l'action; un petit air de la tête finement ménagé donne quelquefois tout le mérite à une nouvelle garniture de Rubans. Une prise de Tabac saisie de manière judicieuse peut prêter un nouvel éclat au Diamant qui brille au petit doigt d'une dame, & raccommodant spirituellement son tour de gorge, elle fait placer son plus beau jour une main bien tournée, et un sein appétissant. Pour faire des progrès dans l'action, rien ne me parait plus propre que la Danse, & je ne crois pas pouvoir trop la recommander. Elle donne un tour aisé au pied & à la jambe, & elle ménage aux bras un mouvement libre et gracieux.
La maxime d'Aristote que je viens de développer dans ses trois différentes parties, a de telles influences sur l'art de se bien mettre, que je suis persuadé, que si on ne l'observe pas l'habit le plus riche sera raide & affecté, & que l'ajustement le plus gai, & le plus riant paraitrait capricieux et fantasque.
Les différents genre de Poésie demandent de la différence dans le style; l'Élégie doit être tendre & triste, l'Ode vive & brillante; le Poème épique grand & sublime, & ainsi du reste. C'est ainsi qu'une veuve doit faire paraitre sa tristesse à travers d'un Voile noir qui lui couvre le visage; qu'une mariée doit peindre de la satisfaction de son coeur, par le Brocard d'argent; & que l'Officier emprunte un air martial de l'écarlate, & du Plumet.
Une autre manière de s'habiller parmi nos Dames, qui ne sert que dans certaines occasions; c'est l'Habit de Chasse, ou l'Habit d'Amazone, que d'habiles gens ont nommé d'une manière assez judicieuse l'Habillement Hermaphroditique. Je crois, pour moi que l'épithète Pindarique lui convient tout aussi bien, non seulement parce qu'il s'est introduit, aux courses des chevaux, mais encore parce qu'on y remarque un composé sublime du Poème Épique, & de la légèreté délicate de l'Ode, qui n'admet ni transition, ni liaison.

Détail de Pique-Nique après la chasse
Artiste: Nicolas Lancret
vers 1735-1740
Source: National Gallery of Arts, Washington

Louise Victoire de Riencourt
Artiste: Anonyme
18ième siècle
Source: Musée des Beaux-Arts de Tours, France

Ce portrait met en lumière la nature ''hermaphroditique'' de l'habit de chasse.
Au premier regard, j'ai pris Mme de Riencourt pour un homme. Ce sont les fleurs dans ses cheveux qui ''prouvent'' sa féminité.

Quelquefois il se lève chez un Peuple un génie supérieur; se soutenant par ses propres forces, il dédaigne de ramper sous les règles, & de copier les autres. Il invente, il compose, c'est lui, que l'on suit. De la propre autorité il hasarde une poche étendue en long, un parement ouvert, une nouvelle tournure dans les Galons, ou une nouvelle disposition dans la broderie. Un tel homme semblable aux Peintres du premier rang veut avoir la manière qui le fasse connaitre aux habiles gens du premier coup d'oeil.
Il y a d'autre côté certains demi Beaux-Esprits qui n'étalent leurs arts que par pièces, & par morceaux, ce qui arrive parfois faute de goût, & quelque fois faute d'argent. Un maître à danser du plus bas ordre manque rarement à se donner des Bas de couleur de feu, & des souliers à talon rouges; par là il marque des égards particuliers pour ses pieds et ses jambes qui lui font gagner sa vie, alors qu'il néglige entièrement les parties supérieures de son corps, auxquelles il n'a pas les mêmes obligations.
Le maitre à danser
1682 (époque Louis XIV)
Graveur: Nicolas Bonnard
Source: Musée Carnavalet, Paris

Je remarque, contrairement à ce que suggère le texte, les parements rouges du justaucorps attirent autant le regard que les bas couleur de feu pour ce maitre à danser



On peut appliquer à ces sortes de gens, ce qu'Horace dit de certains Poètes à marquetterie:
Purpureus late qui splendeat unus & alter Assuitur pannus
''Ils cousent à leur ouvrage quelques lambeaux d'une étoffe précieuse, qui éblouissent par leur éclat.''

Certaines gens, qui ne veulent briller que par la beauté de leur visage, concentrent tout leur génie dans la Perruque, qui d'ordinaire est comme l'enseigne des sentiments du coeur, & de la profession de ceux, qui la portent. La perruque carrée, qui jette des ondes partagées régulièrement sur les deux côtés de la poitrine marque un Jurisconsulte ou un Politique. 
Jean-François Bouquet
Artiste: Jean-François de Troy,
1724
Source: Musée du Louvres, département des peintures, Paris

La perruque cavalière, tressée par derrière avec des rubans noirs, caractérise un homme de guerre, ou du moins une âme fière et belliqueuse; et celui qui charge d'une quantité prodigieuse de cheveux blonds qui lui descendent jusqu'à la ceinture, semble déclarer par là qu'il ne songe guère à embellir le dedans de sa tête. C'est encore d'une manière exactement semblable que chaque poète a son goût, & son style qui le caractérisent et qui font voir, souvent malgré lui, son humeur, & son naturel. 
Il arrive qu'une dame spirituelle releva le goût de la parure par un seul noeud de rubans bien assorti, & artistement placé; c'est ainsi qu'un Poète donne quelquefois de la vie & de la force à toute une pensée, par une seule expression heureusement employée. Allons plus loin; on voit de jour en jour certains termes vieillir & être bannis de l'usage , pendant que d'autres naissent & enrichissent la Langue. Une succession semblable a lieu dans les différentes parties de la parure. Les franges succèdent aux galons, qui à leur tour font place à la broderie; les corps raccourcissent, & étendent la taille en différents temps; les Rubans sont sujets à un grand nombre de vicissitudes, & de révolutions; chaque année la Coiffure s'abaisse & s'élève à différentes reprises, & certains observateurs curieux de l'ajustement prétendent, que dans l'espace de cinq années, toute la femme change complètement de la tête jusqu'aux pieds. De plus, un poète se hasarde de temps en temps à introduire dans le monde un mot de sa propre invention; d'un génie supérieur ose quelquefois en son propre & privé nom, faire innovation dans les modes généralement reçues. Mais comme Horace avertit les Poètes de dériver leurs termes nouveaux d'une origine Grecque, afin de leur donner une autorité incontestable, je conseille aux Inventeurs des Modes, de rendre toujours leurs nouvelles inventions analogiques au goût Français; si la Grèce était la source  des Belles Lettres, il est certain que la France est la source de la parure.


Angela Maria Lercari
Artiste Anonyme
environ 1710,
Source: The Walters Art Museum

La coiffure à la Fontange, illustrée ici et en vogue à la fin du règne du roi Louis XIV,
aurait été improvisée par Mlle de Fontange lors d'une partie de chasse de 1679.
 Se trouvant décoiffée, elle aurait relevé ses cheveux avec un ruban
et le Roi aurait apprécié cette arrangement.
Avec le temps la coiffure à la Fontange s'est complexifiée
 en utilisant des fils de laitons, des rubans et toutes sortes de dentelles comme illustré ici. 
L'habillement peut être encore mis en parallèle avec la Poésie, par la faculté, qui leur est commune d'exciter les passions. Une expérience parfaitement soutenue prouve, que la parure est la cause la plus générale de l'amour. J'ai connu une Dame, qui se jetait à la tête d'un Plumet rouge, & qui n'avait point la force de refuser sa main à un Gant à franges d'or; la vue seule d'un Laquais rustique était capable de lui donner des vapeurs. Un habit plus beau et plus neuf, que le sien, sur le corps d'une autre Femme lui inspirait une haine implacable, & une épingle mal placée la jetait dans des transports de rage contre sa femme de chambre! Quelle rhétorique ne trouvait-elle pas dans les boucles séductrices d'une perruque blonde! Quelle éloquence irrésistible n'avait pas pour son coeur l'Habit brodé, la tabatière d'or, & la Canne à pommeau d'ambre!
Tabatière d'or, ornée de diamants et d'émeraudes à l'effigie de Louis XV
Maitre Daniel Govaers
1726-1727
Source: Musée du Louvres, Paris

Je mettrai des bornes à ces règles critiques par quelques réflexions, sur la Coiffeuse, sur la Couturière, & sur la Femme de Chambre, les trois plus grands instruments de la parure des dames. 
La coiffeuse doit avoir une connaissance parfaite de la physionomie; dans le choix des rubans qu'elle emploie il faut qu'elle ait de grands égards pour le teint, & elle doit proportionner son ouvrage aux différentes dimensions du visage, qu'on lui donne à orner; s'il s'agit d'accompagner des joues larges, & boursoufflées, elle doit avancer la coiffure autant que la bienséance de la mode le peut permettre, que l'ombre de la dentelle éclipse une partie de cette largeur, qui donne au visage un air mâle; un petit visage ovale veut être coiffé en arrière, pour qu'il paraisse dans toute son étendue, & il faut que les différents âges soient distingués par des coiffures, qui ont une certaine liaison avec elles; il faut que la Mère ait l'air plus posé que la Fille, & qu'une Femme surannée ne s'attire point un ridicule inévitable par les ornements brillants de la Jeunesse; chaque âge a, pour ainsi dire, sa beauté particulière; & la coiffure ne doit servir qu'à accompagner ces différentes sortes de Beauté, de la manière, qui leur est la plus convenable; la Coiffeuse  est à un beau génie en matière d'ajustement, ce qu'est à un habile Poète l'étude des Moeurs & des Caractères.
Le matin, Dame de Qualité à sa Toilette,
Artiste anonyme
Fin 17ième siècle
Source: Musée Carnavalet, Paris

La couturière doit s'entendre en Anatomie, & il est bon qu'elle ait un nom Français; on ne saurait s'imaginer le bon goût, que cette dernière particularité répand sur un Habit; il faut qu'elle sache cacher judicieusement toutes les défectuosités d'un corps, & qu'elle ait l'art de ménager si bien les baleines, qu'elle rende, en dépit de la Nature la plus indocile, la taille fine & droite; il faut qu'elle prenne bien garde de ne pas ruiner le corps en l'embellissant, & de ne point lui donner un air aisé, en resserrant trop les intestins, & en ôtant à l'estomac la liberté de faire ses fonctions. La Couturière est à un beau génie en matière de parure, ce qu'est à un bon Poète, le ménagement délicat de l'expression, qui n'expose les sujets que de leur côté avantageux.
Boutique de marchande de mode
Artiste inconnu
1750
Source: Collection particulière
La Fille de Chambre doit avoir toutes les qualités d'un savant critique en matière de Poésie; sa parure semblable à l'érudition de ces Messieurs, ne doit être que de la seconde main. Il faut qu'elle ait un grand talent pour la censure, & que sa langue soit faite à avilir les meilleures choses. Pour donner de la nourriture à l'orgueil, & à la médisance de sa Maîtresse, il faut qu'elle sache répandre du ridicule sur l'air & sur l'ajustement des Femmes les mieux faites, & envelopper même leur vertus dans leur habillements. On a remarqué, que Messieurs les Critiques ne manquent jamais de faire les Chiens couchants devant leur Patron, & qu'ils font tous leurs efforts pour élever sa réputation sur la ruine des autres; tel doit être le caractère d'une Femme de Chambre; en augmentant sa vanité, & donner de la majesté à sa démarche, en lui inspirant du mépris pour le reste du Genre-Humain; elle ne doit point oublier surtout, de lui donner des adorateurs, des manières hautaines, & dédaigneuse, en lui prêtant un grand nombre de Conquêtes chimérique. Comme il faut qu'un Critique se charge la mémoire des noms de tous les Auteurs, il faut que la Suivante sache par coeur les noms de tous les petits Maîtres, & de tous les jolis hommes de la Ville; semblable en tout au Critique en matière des Belles Lettres, elle doit soutenir que dans toutes les Sciences la Théorie est préférable à la Pratique, & qu'on peut décider parfaitement bien de la parure des autres, sans qu'on ait le moindre talent de se mettre bien soi-même. Outre toutes ces qualités, il faudrait qu'elle fut secrète, & qu'elle eut la force de ne point trahir sa Maîtresse, & de ne point publier sous mains les défauts, qu'elle lui trouve; ce don est un peu rare, & il vaudrait autant exiger d'un Critique de ne pas faire confidence à ses Collègues des fautes qu'il trouve réellement dans les productions de son Mécénat, quoi qu'il paraisse les admirer de la meilleure foi du monde. La Fille de Chambre est à une personne, qui se pique de se mettre de bon air, ce qu'est à un Poète un bon Connaisseur de ses Amis.
La toilette
École de Nicolas Lancret
18ième siècle
Source: Collection Privée, Artnet

J'ose espérer que ce que je viens d'avancer ici persuadera à Mes Lecteurs qu'il faut absolument du génie pour savoir donner un bon air à ses habits, comme il en faut dans toutes les Sciences, & surtout dans la Poésie, excepté seulement l'Épopée, qui ne dépend, comme je l'ai montré avec la dernière évidence que d'un Mécanisme. ''

Voilà la fin de ce discours sur l'apparence et comparant l'art de s'habiller à l'art de la poésie. Je trouve ce discours éducatif sur la manière dont la mode était perçue à la fois comme futile et à la fois comme essentielle pour maintenir son rang.  Il parle de l'importance de s'habiller en conséquence de la saison, du lieu et de l'action prévue. En d'autres mots, on ne s'habille pas de la même manière pour aller patiner sur un lac que pour aller danser un soir d'été dans les jardins. Plusieurs aspects se rapportant à la mode sont soulignés, qu'elle est changeante tout autant que son vocabulaire, que les fillettes s'initient à cet art avec leurs poupées, que la danse est utile pour souligner ses charmes naturels, qu'il faut s'habiller selon son âge propre, que les perruques sont des outils de parures...

Pour les courageux qui ont pris le temps de lire cet article au complet, merci!

Mlle Canadienne


samedi 25 avril 2020

Wigmakers in New France as told by the archives of BANQ

Hello,



This article is a continuation of those devoted in part or in whole to 18th century wigmakers. In the last few years, with my boyfriend Michel Thévenin (historian and author of the blog Tranchées et Tricornes) we have twice given a conference on men's hairstyle in the 18th century, presentation mainly based on L'art du Perruquier by M. de Garsault from 1767.



For more information on the practice rights of wigmakers, please visit this article.



My other article dedicated to wigmakers in New France lists of wigmakers appearing in the Quebec and Montreal paper declarations of 1763 and 1764 in "the Canada Affair".



Our first conference took place in the vaults of the Palais de l'Intendant in August 2018 as part of the Rendez-vous d'Histoire de Québec. The second took place last year (2019) at the Musée de la civilisation as part of the New France Festival.





The purpose of this article is to try to determine if the wig makers of New France made their wigs. As explained in detail in the article on the rights of practicing wigmakers, the manufacture of the wig is not the only activity that is reserved for wigmakers. The questions of supply of particular materials (silk gauze, human hair, forms of wood ...) with the distance of New France compared to the metropolis are still to be clarified. It is possible that the wig makers of New France were only retyping the wigs that the aristocracy bought directly in France without entirely manufacturing them.



Is it possible to determine beyond all doubt that the wig makers of New France manufactured the wigs themselves that they sold?


A wig shop
Artist: Jeremias Snoek
1775
Museum of London


My hope was to find in BANQ's digitized documents a trial report against a wigmaker for having manufactured a wig of bad quality.



From my research in the digital archives of BANQ (Bibliothèque et Archives Nationales du Québec), I have uncovered a dozen documents that allow us to understand the world of wigs in New France.





The quotes enclosed in quotes are BANQ's summaries and not a literal transcript of the archives. By clicking on the underlined title, you will find the digitized archives.









1. A merchant wig maker buys part of the current ''Côte-Nord'' , July 10, 1709

Contrat de vente par Jean-Baptiste Bissot, sieur de Vincennes, officier dans les troupes du détachement de la Marine, demeurant à Québec, fils du sieur François Bissot, sieur de la Rivière (LaRivière), et de damoiselle Marie Couillard, au sieur François Brissonnet (Bissonnet), marchand perruquier de Québec, d'une partie de remplacement donnant sis sur le fleuve Saint-Laurent, à prendre depuis l'île aux Oeufs les Blancs-Sablons avec toutes les îles Mingan et les autres îles îles dans ladite étendue (Notaire Michel Lepailleur de LaFerté)


''Sales contract by Jean-Baptiste Bissot, Sieur de Vincennes, officer in the troops of the Navy detachment, living in Quebec, son of Sieur François Bissot, Sieur de la Rivière (LaRivière), and Damoiselle Marie Couillard, at sieur François Brissonnet (Bissonnet), wig merchant from Quebec, a replacement part overlooking the St. Lawrence River, to be taken from Ile aux Oeufs les Blancs-Sablons with all the Mingan and other islands in said area (Notary Michel Lepailleur de LaFerté) ''



This document touched me personally because I was born on the Côte-Nord territory. If the toponymy has remained the same until today, Ile aux Oeufs is located opposite the current Port-Cartier, the Mingan Islands are opposite Havre-St-Pierre and Blanc-Sablon is the neighboring municipality at Labrador, today representing approximately 900 km of coastline (889 km according to Google Maps to be exact). The North Shore had been nicknamed by Jacques Cartier the land of Cain. In the biblical account of the Book of Genesis, Cain is the cursed son of Adam (Adam and Eve) to have killed his brother Abel by jealousy. The curse is that he could no longer harvest, he who was a gardener and a farmer. The Côte-Nord forest is made up of conifers growing on rocky soil, not very suitable for cereal farming, hence this nickname.



This document allows us to deduce that a wig merchant can save enough to buy a huge territory although very inhospitable. I think it was more his job as a merchant that saved him as much money as that of a wig maker, but I wanted to share it. I have not done any in-depth research, but I do not believe that François Brissonnet, wig merchant, has occupied and exploited his land.











2. A wig maker is asked to hand over a wig that had been entrusted to be shrunk, July 7, 1745

À la requête de Pierre Laborde, navigateur, domicilié rue Champlain à Québec, assignation de Charles Couet (Cauhet), perruquier de Québec, demeurant sur la rue du Sault-au-Matelot, afin qu'il se remette au perruque donné à rétrécir , aux offres de payer 45 sols pour l'ouvrage fait


'' At the request of Pierre Laborde, navigator, domiciled on rue Champlain in Québec, summons by Charles Couet (Cauhet), Québec wig maker, residing on rue du Sault-au-Matelot, so that he could use the wig given to shrink, to offers to pay 45 floors for the work done ''

This document supports the hypothesis of wigmakers as wig repairers.
Detail of Planche I- Wigmaker cabinet
From: Art du Perruquier
François-Alexandre-Pierre de Garsault
1767
Source: Gallica
3. The same wig maker asks the Court either for reimbursement of a repair of the wig, or for permission to sell it, July 15, 1745

À la requête de Charles Couet (Cauhet), perruquier de Québec, domicilié rue du Sault-au-Matelot, assignation de Pierre Laborde, navigateur, demeurant sur la rue Champlain à Québec, afin qu'il soit payé 2 livres et 5 sols pour la réparation d'une perruque, qu'il a abandonné depuis un an, ou que la Cour permette audit Couet de vendre ladite perruque pour récupérer son argent


''At the request of Charles Couet (Cauhet), Quebec wig maker, domiciled on rue du Sault-au-Matelot, summons by Pierre Laborde, navigator, residing on rue Champlain in Quebec, so that he could be paid 2 livres and 5 sols for the repair of a wig, which he has abandoned for a year, or for the Court to allow the Couet to sell the wig to recover his money ''



 Rebound in the case of the shrinking of the wig of the navigator Pierre Laborde!


Small monetary reminder


According to the exhibition `` Paris en vitrine, les boutiques au 18ième siècle'' of the  Stewart Museum in 2018, a livre is worth 20 sols. The daily salary in the middle of the eighteenth century in Paris, for about eleven hours of work, of a cabinetmaker's carpenter is 10 sols , a roofer 15 sols and a laborer 20 sols.



We can deduce that this wig repair costs one to two days of work for a skilled worker. From there, I extrapolate a little by thinking that the shrinking of this wig could represent to the wig maker Charles Couet one to two days of work.



As for the dispute between Pierre Laborde and the wig maker, Charles Couet, I see the ease of the time to pass from one monetary value to another. In the first text, we speak of 45 floors and in the second of 2 books and 5 floors. It is indeed the same amount requested!







4. A wig-maker soldier requests payment for two wigs, June 6, 1731

Procès entre Jacques Neveu, soldat, perruquier de métier, demandeur, et [Bertin dit Laronde?], Navigateur, défendeur, pour le paiement de perruques

Ce dossier de matière est composé des pièces suivantes: la requête de Jacques Neveu pour faire assigner à comparer le navigateur [Laronde?] Pour payer au demandeur ce qui reste sur un compte pour la fourniture de deux perruques, soit 30 livres; la permission de faire approcher les parties et de faire saisir ce que le demandeur pourra trouver; et la signification ainsi que l'assignation à comparaître


'' Trial between Jacques Neveu, soldier, professional wig maker, plaintiff, and [Bertin dit Laronde?], Navigator, defendant, for the payment of wigs


This material file is composed of the following documents: Jacques Neveu's request to make appear the navigator [Laronde?] To pay the applicant what remains on an account for the supply of two wigs, ie 30 livres; permission to approach the parties and seize what the plaintiff can find; and the service as well as the summons to appear ''





In this document, the main profession of the wig maker Jacques Neveu is a soldier. It was not uncommon for soldiers sent to the colony to exercise a trade before enlisting in the army. Most of their motive was job security. Indeed, the profession of soldier, even if it exposes to the direct consequences of the war, assures the soldier of being housed, fed and clothed for the duration of the contract in exchange for his services. It is not uncommon to see soldiers exercising other trades in New France: carpenter, blacksmith, baker, wig maker ...



The wigmaker Neveu asks to finish paying an account for two wigs. My skills in paleography are limited, but I find that 10 livres were given to the wig maker when the wigs were ordered. Which would make us 40 livres for 2 wigs, or 800 sols.



Suppose our friend wig maker works at 20 sols a day, it would take him 20 days to make a wig. Note that in this calculation, the material costs are not taken into account.











5. A customer wants his wig or be reimbursed for his deposit of 20 livres, July 22, 1734

À la requête du sieur Henri Louineau (Luineau), navigateur demeurant rue Sous-le-Fort à Québec, assignation du sieur Baria, maître perruquier demeurant à Québec, afin qu'il livre au demandeur une perruque que celui-ci lui soit donné à faire, ou qu'il lui-même paie la somme de 20 livres, et le demandeur offrant de payer à Baria la façon [fabrication] de ladite pérruque, suivant le marché conclu précédemment, avec dépens

''At the request of Mr. Henri Louineau (Luineau), navigator living on rue Sous-le-Fort in Quebec, summons by Mr. Baria, master wig maker living in Quebec, to have the wig be delivered to the applicant given to do, or that he himself pays the sum of 20 pounds, and the plaintiff offering to pay to Baria the way [manufacture] of the said wig, according to the contract concluded previously, with costs ''



The navigator Henri Louineau has already paid the wigmaker 20 livres and he offers to pay it the way (the archivists have translated by manufacturing, I see it more as the styling of the wig but I can be wrong). In this way, the customer would have paid for the manufacture of the wig but it is not arranged, accommodated yet and the customer offers to the wig maker Baria to pay this part of the market to receive a wig to his liking.













6. A wig maker wants to be reimbursed for a beard and wig made to a man before he died, November 22, 1729

Sentence dans le procès de Charles Prieur, maître perruquier à Québec, contre Henri Hiché, tuteur du mineur Desrosiers (Desguerrois dit Desrosiers), petit-fils de maître Florent de La Cetière (Lacetière) et de Jeanne Pluchon, demandeur demandeur 35 livres et 11 sols pour une perruque et une barbe achetées par ledit défunt de La Cetière, et le tribunal déclarant qu'il y a prescription dans la demande, et renvoyé l'action au demandeur, avec dépens

'' Sentencing in the trial of Charles Prieur, master wig maker in Quebec, against Henri Hiché, tutor of the miner Desrosiers (Desguerrois dit Desrosiers), grandson of master Florent de La Cetière (Lacetière) and Jeanne Pluchon, plaintiff plaintiff 35 livres and 11 sols for a wig and a beard purchased by the said deceased from La Cetière, and the court declaring that there is prescription in the request, and remitted the action to the claimant, with costs ''

What I find interesting here is the confirmation that the wig makers in New France shave the beard, as M. de Garsault describes it in his Art du perruquier  published in 1767. I believe that the beard bought from the wig maker in this document is not a false one because the fashion of the period is a  face freshly shaved. Also, the expression to make the beard means to shave the beard, it is the same with the expression to make the head. In the eighteenth century, there were two trades which included the function of barber: barbers-wigmakers who were less known, and barbers-surgeons.


Chez le perruquier
1861
Artiste: Pierre Théodore Nicolas Maillot
Source: Artnet
Unfortunately, it is impossible to determine the price of the beard and that of the wig.













7.A wig maker wants to be paid for a wig delivered to a passing merchant, July 2, 1742

À la requête du sieur Bonnet, perruquier, domicilié rue Sous-le-Fort à Québec, assignation du sieur Bulteau, marchand demeurant à Contre-Coeur, actuellement domicilié chez le sieur Badeau, rue Saint-Jean à Québec, afin qu'il paie les 6 livres qui restent de la somme de 12 livres due pour l'achat d'une perruque neuve, avec dépens

''At the request of Mr. Bonnet, wig maker, domiciled rue Sous-le-Fort in Quebec, summons of Mr. Bulteau, merchant living in Contre-Coeur, currently domiciled with Mr. Badeau, rue Saint-Jean in Quebec, so that he pays the remaining 6 livres of the amount of 12 livres due for the purchase of a new wig, with costs ''



A 12 pound wig is the most `` affordable '' figure in terms of wigs that I found in this research. A price that perhaps reflects a simpler style for said wig. If we trust the profession of the customer, merchant, it is intended for the bourgeois class. But perhaps also that the merchant wanted to buy a cheaper wig to resell it to Contre-Coeur, who knows?









8. A wig maker wants to be paid for a wig delivered to a baker, February 1, 1751

À la requête du sieur Prieur, maître perruquier de Québec, demeurant rue du Sault-au-Matelot, assignation du sieur Dumas, boulanger, domicilié chez le sieur Chalou, maître boulanger, rue du Sault-au-Matelot, afin qu'il paie au demandeur 12 livres qu'il doit pour une perruque qu'il lui vend et livrée, avec dépens


''At the request of Sieur Prieur, master wigmaker from Quebec, living on rue du Sault-au-Matelot, summons by Sieur Dumas, baker, domiciled with sieur Chalou, master baker, rue du Sault-au-Matelot, so that he pays the plaintiff 12 livres he owes for a wig he sells and delivers to him, with costs ''



Again, 12 livres for a wig that has already been delivered to the customer. A baker, a bread craftsman. I wonder whether bakers are considered bourgeois or locals.









9. A customer requests a special wig, February 13, 1744

Requête entre le sieur Mauger Gadois (Gadois dit Mauger), demeurant à Montréal, stipulant par le sieur Laguerche (Laguerce) fils, voyageur, demeurant en cette charge de son pouvoir daté à Montréal le 20 janvier 1744, comparant par ledit Laguerche, demandeur, contre Pierre Denoyer (Desnoyers), maître perruquier, défendeur; pour lui livrer une perruque à la cavalière de cheveux blonds bien faits, qui sera estimée par 2 maîtres perruquiers et à payer la somme de 10 livres et 15 sols pour un billet; désaccord entre les parties, le défendeur est condamné à livrer 3 perruques et aux dépens liquidés à 10 sols


'' Request between Mr. Mauger Gadois (Gadois dit Mauger), residing in Montreal, stipulating by Mr. Laguerche (Laguerce) son, traveler, residing in this office of his power dated in Montreal on January 20, 1744, appearing by the said Laguerche, plaintiff, against Pierre Denoyer (Desnoyers), master wig maker, defendant; to deliver a wig à la cavalière of well-made blond hair, which will be estimated by 2 master wigmakers and to pay the sum of 10 livres and 15 sols for a ticket; disagreement between the parties, the defendant is ordered to deliver 3 wigs and the costs paid to 10 sols ''



This document is one of the few that specifies the type of wig requested: a blonde hair wig à la cavalière (some translation of the 18th century called it campain wig) I redid an overview of the Art of the wig maker of Mr. de Garsault to know if he mentions this type of wig, unfortunately I found nothing. This is the problem with certain words in the lexical field of old fashion, some can have several meanings (See my articles on "pet-in-the-air" and that on "cadenette") which seem clear and defined at first sight but quickly become more complex during more extensive research.

Thanks to search engines, I found a description of the à la cavalière wig in a 1723 work entitled `` Le Mentor moderne, ou Discours sur les moeurs du siècle. Volume 3 ''. In this section, the authors compare the dress style with the poetic style.


Certaines gens, qui veulent briller que par la beauté de leur visage, consacre tout leur génie dans la Perruque, qui d'ordinaire est comme l'enseigne est comme l'enseignement des sentiments du coeur, & de la profession de ceux, qui la portent. La perruque carrée, qui jette des ondes partagées régulièrement sur les deux côtez (sic) de la poitrine marque un Jurisconsulte ou un Politique. La perruque cavalière, tressée par derrière avec des rubans noirs, caractérise un homme de guerre, ou du moins une âme fière et belliqueuse; et celui qui charge d'une quantité prodigieuse de cheveux blonds qui lui descendent jusqu'à la ceinture, semble déclarer par là qu'il ne songe guére (sic) à embellir le dedans de sa tête. C'est encore d'une manière exactement semblable que chaque poëte (sic) a son goût, & son stile (sic) qui le caractérisent (sic) et qui font voir, souvent malgré lui, son humeur, & son naturel. - pages 197-198-

'' Some people, who want to shine only by the beauty of their face, devote all their genius in the Wig, which usually is like the sign is like the teaching of the feelings of the heart, & of the profession of those, who wear it. The square wig, which sends waves shared regularly on the two sides of the chest marks a Jurisconsult or a Politician. The  à la cavalière wig, braided from behind with black ribbons, characterizes a man of war, or at least a proud and bellicose soul; and the one who loads a prodigious quantity of blond hair which goes down to his belt, seems to declare by that that he does not dream to embellish the inside of his head. It is also in an exactly similar way that each poet has his taste, & his style  which characterize him and which show, often in spite of himself, his mood, & his naturalness. '' pages 197-198



With this definition, the cavalier wig seems to be provided with a cadenette as I defined it in my article on the subject, ie a braid wrapped in a black ribbon, relating to the military world.


Detail of a cadenette
From: Le repas de chasse
Artist: François Boucher



À la requête de Guillaume Deguise dit Flamand, demeurant sur la rue Saint-Jean à Québec, signification d'un accord au sieur Lajoie, perruquier de Québec, et assignation à lui donné afin qu'il paie au demandeur 18 livres comme prix d ' une perruque à boudins payée mais non livrée, avec dépens


'' At the request of Guillaume Deguise dit Flamand, residing on rue Saint-Jean in Québec, service of an agreement with Sieur Lajoie, Québec wig maker, and summons given to him so that he pays the plaintiff 18 livres as a price of a wig with boudins paid but not delivered, with costs ''

With the previous document, they are the only ones that describe a little the type of wig making dispute. What I found as boudins associated with a wig are described in the Methodical Encyclopedia. Mechanical Arts and Crafts, Tome 6 by Jacques Lacombe. See the following image:

Detail of the planck 8
Fig 3 et 4: Inside and outside the square wig
A, the boudin

Encyclopédie méthodique. Arts et Métiers mécaniques
Tome 6
Jacques Lacombe
1782-1791

Source: Gallica
Unfortunately for Guillaume Deguise dit Flamand, his black wig was not delivered ...












Arrêt qui déclare Noël Rousseau non recevable en son appel dans son instance avec François Briconnet au sujet de 7 livres 4 onces de cheveux, à raison de 20 livres le livre, vendu par Briçonnet (Brissonnet) à Rousseau



'' Judgment declaring Noël Rousseau inadmissible in his appeal in his proceeding with François Briconnet regarding 7 pounds 4 ounces of hair, at the rate of 20 livres per pounds, sold by Briçonnet (Brissonnet) to Rousseau ''



Unfortunately for me, there is nothing to indicate that this sale of hair was made by wigmakers. This is most likely, in my opinion, but there is no textual confirmation to confirm it.



On the other hand, I can calculate the amount owed by Noël Rousseau to François Briçonnet: 143 livres and 4 sols. It is a considerable sum knowing that the annual salary of a stable boy is estimated between 60 and 66 livres in the middle of the eighteenth century. It's a big sum, no wonder Rousseau tried to appeal in this case.










Sentence rendue dans le procès entre Laurent Michaud, perruquier de Québec, comparant par maître Decharnay, et le nommé Lasalle, aussi perruquier, le demandeur exigeant du défendeur la somme de 33 livres pour les cheveux qu'il lui-même a vendu et les dépens, et le tribunal condamnant ladite Lasalle à payer au demandeur la somme due et les dépens liquidés à 5 livres, et à exploiter la signification de ladite phrase audit de la peine Lasalle


'' Sentence rendered in the trial between Laurent Michaud, Quebec wig maker, appearing by Maître Decharnay, and the named Lasalle, also wig maker, the plaintiff demanding from the defendant the sum of 33 livres for the hair that he himself sold and costs, and the court ordering said Lasalle to pay the plaintiff the sum due and costs settled at 5 livres, and to exploit the meaning of said sentence in the Lasalle sentence ''



A hair transaction between wig makers! If we rely on the ratio given in the previous document (there is still 32 years difference between the two documents) the wig maker Lasalle would have bought for a pound and ten ounces of hair.







In conclusion, what this research made it possible to confirm: the wigmakers of New France also shaved the beard of their customers, they could exercise several trades (merchant and wigmaker, soldier and wigmaker), they received orders for new wigs and wig repair orders, they used hair for their wigs. Sometimes the wig maker requests a deposit to make the wig, sometimes he delivers a wig without being paid immediately.


Le perruquier fatigué
Giovanni David
1775
National Gallery of Art (NGA), Washington

There are, however, several logistical aspects that remain to be clarified for the wigmakers of New France, especially with regard to the hair used. Did the wigmakers use French networks, those described in the Art du perruquier by M. de Garsault, or did they develop their own network in North America with the famous Native American `` scalps '' .


Mlle Canadienne

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