samedi 28 mai 2022

Des Filles du Roy à la Conquête, chapitre 6: les habitantes

 Bonjour,

Bienvenue au dernier chapitre sur les vêtements féminins durant la période de la Nouvelle-France. Ce chapitre m'a pris beaucoup plus de temps à produire qu'anticipé. J'aborderais les vêtements pour qui apparaissent moins dans les tableaux et autres sources, les vêtements des classes ouvrières et domestiques. J'aimerais aussi apporter que pour la période du XVIIe siècle, mes recherches ne sont pas assez poussées pour connaitre la terminologie exacte des vêtements, mon intérêt principal étant le XVIIIe siècle.

À ma connaissance, il n'existe que deux source illustrant des Canadiennes de classe moyenne et il s'agit d'ex-voto dans les deux cas.  Le plus ancien est l'ex-voto de la salle des femmes du musée de Hospitalières de Montréal.

ex-voto
La chambre des femmes
Anonyme
Début XVIIIe siècle
Collection des RHSJM

Détail de l'ex-voto
La chambre des femmes
Anonyme
Début XVIIIe siècle
Collection des RHSJM

La femme malade à l'avant-plan gauche du portrait montre les grandes lignes directrices des vêtements féminins des XVIIe et XVIIIe siècle: jupe et juste (ou mantelet, ou casaquin) non-assortis du même tissu, la toilette est complétée par un bonnet blanc et un mouchoir de cou, blanc lui aussi. En fait, il est difficile de savoir si elle porte une jupe ou si ses jambes sont recouverte d'une couverture à bordure jaune. À force de regarder la peinture, je penche davantage vers l'hypothèse de la couverture en raison de la bordure jaune près de l'avant-bras.

La seconde peinture d'origine canadienne montrant des femmes d'origine plutôt modeste est l'ex-voto des naufragés de Lévis 1754. Maria (ou Marie ou Mrs?) Chamar et Marguerite Champagne se sont noyées durant le naufrage tandis que Marthe Feuïlleteau a survécu (ainsi que JBT Aucler et Louis Bouvier).


Ex-voto des trois naufragés
Date 1754
Auteur Anonyme
Collection du Musée National des Beaux-Arts du Québec
Crédit photo: Joseph Gagné

Impossible de déterminer si les dames ici portent des robes ou une combinaison de jupes et mantelet. Cependant, les trois femmes portent des bonnets blancs et mouchoirs de cou blancs. Deux portent un collier de perles, du moins semble-t-il. La dame a gauche semble avoir un tissu rayé brun tandis que la dame au centre a un motif quadrillé.

Détail de l'ex-voto des trois naufragés
Date 1754
Auteur Anonyme
Collection du Musée National des Beaux-Arts du Québec
Crédit photo: Joseph Gagné

Les manches de Marthe Feuïlleteau au centre se terminent pas des parements plissés avec un tissu quadrillé.

Détail de l'ex-voto des trois naufragés
Date 1754
Auteur Anonyme
Collection du Musée National des Beaux-Arts du Québec
Crédit photo: Joseph Gagné

Difficile de déterminer si cette dame porte des engageantes, le nom donné aux manchettes féminines à l'époque ou bien si les traits blancs autour de ses avant-bras sont des vagues.  De plus, on peut voir deux bras gauches, un sorti de l'eau et un dans l'eau. Est-ce une volonté pour illustrer les mouvements des bras de la dame entrain de se noyer ou une ''erreur'' de l'artiste laissé sur le canevas?


Détail de l'ex-voto des trois naufragés
Date 1754
Auteur Anonyme
Collection du Musée National des Beaux-Arts du Québec
Crédit photo: Joseph Gagné





Une dernière fois, je vais me tourner vers l'iconographie française de la période de la Nouvelle-France pour illustrer les vêtements des femmes du peuple. Même si les formes varient légèrement durant le siècle qui nous intéresse, les vêtements en eux-même ont peu changé pour les femmes du peuple. Du moins de façon moins remarquable que pour les femmes de la bonne société.


L'illustration des gens des classes paysannes et ouvrières est nommée en peinture des scènes de genre. Les frères Le Nain, ils étaient trois frères peintres et leur style est si similaire qu'il est impossible de les départager sur les peintures ont été parmi les premiers à pratiquer cette nouvelle forme d'art picturale.

Malgré que les frères Le Nain aient oeuvré avant 1663, la date que je m'étais fixée pour cette série d'articles, j'ai décidé de les intégrer dans cet article. D'abord parce que j'apprécie le réalisme subjectif de ces peintres. Ils n'hésitent pas à présenter des sujets dont les vêtements sont usés, rapiécés et déchirés, signe que le vêtement est un objet dont on veut prolonger l'usage au maximum. Certains personnages sont même pieds nus pour illustrer la pauvreté du ménage représenté. Malgré cette pauvreté de vêtements, les personnes représentées dans les peintures des frères Le Nain ont des chemises, des coiffes, des bonnets, des tours de cou et des mouchoirs de cou d'un blanc presque éclatant. Leurs visages, mains, pieds et vêtements sont tous exempt de tâches ou de salissures, contrairement à ce que le média du cinéma nous a fit reflété dans les dernières décennies. Autrement dit, les classes paysannes y sont dépeints comme pauvres, propres et fiers, prenant soin de leur vêtements et de leurs lessives. Est-ce là un style artistique ou un véritable transfert de réalité ? La réponse est probablement à quelque part dans le milieu.

Ensuite, parce qu'en montrant ce qui se passe un peu avant 1660, on peut mieux apprécier l'intégration lente des modes nouvelles aux classes moins bien nanties. Durant toute la période qui m'intéresse, la Nouvelle-France, les pièces de vêtements pour femmes ne changent guère: un bonnet ou coiffe pour la tête, un mouchoir de cou pour la modestie (du décolleté), un juste, mantelet, casaquin, manteau de lit ou manteau de robe pour couvrir le torse et les bras, des jupe et jupons pour couvrir les jambes et des souliers pour protéger les pieds. À cela s'ajoute bas, chemises et tabliers. Et le corset dans tout ça? Je lui réserve une section entière plus loin dans cet article.




Famille de paysans dans un intérieur
Artiste: Louis le Nain ou école de Louis le Nain
vers 1642
Collection musée du Louvres

Avant de s'intéresser aux vêtements des femmes de cette peinture, je répète que les linges de corps et les linges de tables, autrement dit les chemises, mouchoirs de cou, nappe et serviette de table sont tous d'un blanc impeccable. Est-ce la un fantasme des frères Le Nain ou une représentation de la réalité? Mes connaissances ne sont pas assez poussées pour affirmer une ou l'autre de ces hypothèses.

 La femme de gauche tenant le verre de vin rouge porte une jupe longue parfois encore nommée cotte durant cette période (selon les maigres informations que j'ai recueillies jusqu'à présent), recouvrant ses pieds, un juste à manches longues et droites. Le mouchoir de cou recouvre l'avant du juste. En fait, j'ignore le nom exact du vêtement apparent recouvrant le tronc et les bras d'une femme au XVIIe siècle, s'il est différent du XVIIIe siècle. Si quelqu'un le sait dans mon lectorat, merci de me faire parvenir l'information. À droite, la jeune femme est soit une domestique de la famille soit la fille ainée du couple. Elle porte un corps de cotte ou corset auquel des manches ont été ajouté. Dans ce cas-ci, les manches sont de la même couleur que le corps de cotte. Cette mode est utilitaire car si les manches s'usent plus rapidement que le corset, il suffit de remplacer les manches même si elles sont d'un tissu de couleur ou texture différente. À ma connaissance, cette mode a débuté au Moyen-Âge et est à l'origine de l'expression '' C'est une autre paire de manche''. Elle porte aussi un tablier beige sur une jupe bleue foncée.

Paysans dans une creutte
Les frères Le Nain
1642
Collection Petworth House and Park

J'adore que malgré l'usure visible de tous les vêtements sur ce portrait, ils ont encore des couleurs vibrantes autre que brun, gris et beige... Les deux filles de gauche portent un corps de cotte avec des manches aux couleurs différentes que le corps. Celle de droite a un «mantelet» rouge qui a l'air bien neuf comparé à sa jupe jaune déchirée et rapiécée en plusieurs endroits. Dépassé la période de l'apprentissage de la propreté, les enfants ont des versions miniatures des vêtements d'adulte.



La charette
Artistes: Louis et Antoine Le Nain
1641
Collection du Musée du Louvres

Au niveau des couleurs de vêtements, cette toile montre des nuances plus ternes que les précédentes à l'exception du rouge de la jeune fille en haut à droite. Coiffes et tour de cou d'un blanc éclatant sont encore au rendez-vous. Les manches des vestes de femmes sont plutôt longues avec des plis à l'épaule et au poignet dans une forme rappelant vaguement les robes de cour des femmes de la noblesse de l'époque, elles-même empruntées aux pourpoints masculins de la fin de la Renaissance.

Portraits dans un intérieur
Artistes: Antoine Le Nain et Louis Le Nain
vers 1647
Collections du Louvres

Je trouve ce tableau particulièrement intéressant car les vêtements des gens représentés n'appartiennent pas à la même classe sociale. Le contraste est marquant entre le flûtiste à la veste rouge trouée au coude et à l'aisselle et l'enfant en robe de soie et coiffe à plume juste à côté. La jeune dame aux perles à droite porte un corps foncé avec des manches contrastantes rouge. Ce tableau montre que les vêtements avaient des formes variées. Aussi, je note la forme de pointe du tablier de la petite fille au centre, détail revenant couramment au XVIIIe siècle.




Détail d'un paysage avec paysans 
Artiste Louis le Nain
Vers 1640
Collection National Gallery of Art

J'apprécie particulièrement le détail des couleurs de l'ensemble de cette vieille dame. La jupe est verdâtre avec des plis amples, le juste ou la veste tend vers la couleur de l'aubergine a des basques courtes et une fine ceinture rouge est visible au niveau de la taille.




D'autres peintres ont illustrés les gens du commun au milieu du XVIIe siècle.

Les petits dénicheurs d'oiseaux
D'après l'École des Maîtres des Cortèges
XVIIe siècle
Collection Musée du Louvres




 Je ne suis pas familière avec l'École des Maîtres des Cortèges. N'étant pas non plus très familière avec le XVIIe siècle, je ne saurais expliquer la présence de deux vestes de femme ouvertes et non attachées sur ce tableau. Une particularité provinciale, peut-être? Cette manière de porter le mantelet, veste ou juste, appelez cette pièce de vêtement comme vous voulez, se retrouve aussi de manière minoritaire au siècle suivant comme je vous le présenterai un peu plus loin. Cela indique qu'il n'y a pas une manière unique de représenter les vêtements féminins au milieu du XVIe siècle...


Famille paysanne près d'un puit
Artiste: le Maître aux béguins
vers 1650-1660
Collection Art institute of Chicago


Apparemment un béguin est une espèce de coiffe et ce peintre était réputé pour en représenter souvent dans ses toiles, d'où son nom le Maître aux béguins. Pour le reste j'ignore tout de cet artiste. La mode de retrousser le bas de sa jupe d'apparat autour de la taille pour en faire une sorte de demie jupe bouffie est présente chez les dames au moins depuis le début du XVIIe siècle. C'est aussi une méthode efficace pour protéger sa jupe d'apparat, surtout si on n'en possède qu'une. Ainsi les salissures, s'il y en a, se retrouveront cachées lors d'évènements plus officiels la jupe qui les recouvreront.  Les tabliers de ce tableau semblent être de simples rectangles de tissus passé dans une corde autour de la taille.



Les prochaines illustrations que je vais vous montrer sont des gravures colorées de la fin du XVIIe siècle. À cette époque, Louis XIV veut faire rayonner son royaume au travers des arts et de la culture. Par le fait même, il est possible que la réalité ait été embellie par des ajouts luxueux aux vêtements des gens du commun comme des galons d'or ou des dentelles. C'est une forme de propagande: mon royaume est si à l'aise que même les petites gens peuvent se permettre des décorations de vêtements luxueux. Il est important de les regarder pour la forme des vêtements en général et non de manière spécifique, les crieuses de raves ne portaient probablement pas toutes des galons d'or sur les pans de leur jupes ou toutes les vendeuses de mottes ne pouvaient se permettre d'acheter des dentelles.

Second avertissement: il faut comprendre lorsqu'on regarde une gravure colorée que l'artiste réalisant la gravure est différent de celui qui ajoute les couleurs. Ce qui fait en sorte qu'il existe, pour une même gravure, plusieurs versions colorées différemment qui nous informe de l'interprétation du coloriste du dessin du graveur. Selon les interprétations, le vêtement représenté peut changer du tout au tout. Comme pour ce premier exemple.


Pour la crieuse de ''balets'', cette première version lui fait porter une veste ou mantelet tandis que la seconde est plutôt un corset avec manches.

La Crieuse de balets
Artistes: Jean-Baptiste Bonnart et Nicolas Bonnart
fin XVIIe siècle 
Collection LACMA




La Crieuse de balets
Artistes: Jean-Baptiste Bonnart et Nicolas Bonnart
fin XVIIe siècle 
Collection Musée Carnavalet


Il faut donc prendre les gravures colorées avec un grain de sel. La même étampe peut représenter une femme en corset et manches ou une femme en habit selon l'interprétation du coloriste.

La bonne femme de Meudon
Artiste: Nicolas Bonnart
Fin du XVIIe siècle
Collection musée Carnavalet

L'encolure carrée de la veste de cette femme me rappelle les robes de l'époque de François 1er au XVIe siècle, soit un siècle plus tôt. Ce genre de détail appuie l'hypothèse que les modes vestimentaires chez les gens du commun se renouvelaient non pas au rythme des envies comme pour les riches et les nobles mais au rythme de l'usure des vêtements. Et puisque les vêtements étaient fabriqués pour durer et entretenus avec soins, les user complètement prenait plusieurs décennies de port quotidien jusqu'à plus d'un siècle. Il est commun de voir apparaitre des pièces textiles dans les testaments de l'époque moderne, chose maintenant très rare de nos jours. Même si le texte d'en dessous dit que cette femme prend le chemin de la misère, elle porte un galon doré au bas de sa jupe. Ce type de décorations n'évoque pas, à mon avis, la misère.



Crieuse de Raves
D'après Henri Bonnart
Fin XVIIe siècle
Collection LACMA


La jupe de cette crieuse de raves est nettement plus courte que celle de la bonne femme de meudon précédemment, même si les deux ont un galon. Elle semble arriver entre le tiers moyen et le tiers distal du tibia, ce qui est la longueur souvent estimée des jupes considérées courtes des femmes de la Nouvelle-France. J'apprécie les manches longues et relativement ajustées jusqu'au poignet de la veste, sa fermeture au lacet ainsi que sa large basque avant. Le mouchoir de cou garni de dentelles semble être un carré replié sur lui-même. Je ne peux identifier la pièce de vêtement verte retroussée sur la hanche mais sous la veste rose, un tablier, une jupe ou un simple rectangle de tissu... Dernier détail digne d'attention, les bas de la demoiselle sont avachis et pleins de plis à la cheville. Aucun tablier n'est visible sur cette gravure.




Revandeuse
Artistes: Jean-Baptiste Bonnart et Nicolas Bonnart
fin XVIIe siècle 
Collection LACMA



Cette revendeuse utilise de façon créative et utilitaire son jupon pour transporter ses articles de revente. La longueur de sa jupe est à peine plus haute que le sol et elle est bordée de rubans ou de coutures monochromes. Pour la coiffe, elle me fait penser aux «oorijzer» hollandais de la même période en noir. Les manches sont longues et relativement ajustées sur les bras avec un repli au poignet qui semble provenir de la chemise.

Exemple de coiffe soutenue par un «oorijzer»:

La dentellière 
Caspar Netscher
1662
Wallace Collection

Fin de la parenthèse des «oorijzer» hollandais.





Fille de la Charité servant des malades
Artiste: Jean-Baptiste Bonnart
Fin XVIIe siècle
Collection Musée Carnavalet

Les détails des plis ou coutures de la veste de cette fille au niveau de l'encolure et de la manche sont rarement observables sur les gravures. La veste et la jupe semblent être de la même couleur, ce qui est plutôt rare et laisse suggérer qu'elle est habillée par un employeur. C'est la première fois que je vois un tablier à bavette pour le XVIIe siècle. Le panneau est cependant porté sans épingles, retombant vers le bas. Il m'est difficile de définir si le blanc au cou est une collerette ou une chemise.


La vendeuse de Mottes
Artiste: Jean-Baptiste Bonnart
Fin XVIIe siècle
Collection du musée Carnavalet à Paris


Le métier de cette femme est de vendre des bûchettes de terre ou de bouse séché pour servir de combustible dans les foyers. Malgré ce métier de subsistance, elle a été illustrée portant des accessoires garnis de dentelles comme le bonnet et le mouchoir de cou. Cette dame porte un manteau bourgogne, possiblement de seconde main qui est laçé à l'avant.


La Crieuse de Chataigne
Artistes: Jean-Baptiste Bonnart et Nicolas Bonnart
fin XVIIe siècle 
Collection LACMA


Comme la vendeuse de mottes, cette crieuse de Chataigne porte un manteau retroussé au niveau des hanches. La jupe bleue se termine au niveau de la cheville et qui a un rappel de couleur aux manches larges qui finissent aux coudes. Ici, il n'y a pas de mouchoir de cou et la chemise remonte haut au niveau de l'encolure.

La Crieuse de petit fromages
Artistes: Jean-Baptiste Bonnart et Nicolas Bonnart
fin XVIIe siècle 
Collection LACMA
La coloration de cette gravure est confondante. Il semble que cette jeune femme ait un tablier caché dans  une jupe retroussée aux hanches. Le devant de la veste est fermé par un laçage en spirale. Notez la présence d'un coussin en forme de beigne sur la tête pour faciliter la tenue du plateau d'osier sur la tête.

Marchande de maquereaux frais
Artiste: Nicolas Bonnart
Fin XVIIe siècle
Collection Musée Carnavalet


La coiffe de cette marchande de poisson laisse paraitre des cheveux remontés vers le haut évoquant un peu la coiffure à la Fontange. J'apprécie le très petit tablier à poche qui n'est pas sans rappeler la ceinture de change que porte beaucoup de serveuses et serveurs de restaurants aujourd'hui. Les manches de la veste arrivent à la hauteur du coude

La crieuse de poire
Artiste: Nicolas Bonnart
Fin XVIIe siècle
Collection Musée Carnavalet

Qui a dit que de multiples épaisseurs de jupes camouflaient les formes des jambes? Certainement pas l'artiste qui a dessiné cette gravure!
Laittière de Babnolet
Artiste: Nicolas Bonnart
Fin XVIIe siècle
Collection Musée Carnavalet


Cette tenue de laitière me laisse vraiment perplexe. Le coloriste a décidé de faire des manches rapportées de couleur sur un corps qui semble être piqué s'il n'est pas simplement baleiné. Elle porte un coussin en forme de beigne afin de pouvoir transporter son pot de lait sur la tête. La manche gauche est assez relevée pour laisser paraitre la chemise tandis que la droite est allongée jusqu'au poignet. Un galon de broderie possiblement dorées semble décorer le bas de la jupe de dessous tandis que la jupe de dessus est relevée. Babnolet est une ville située juste à l'extérieur du périphérique de Paris à l'est.  À l'époque, il s'agissait possiblement d'un village proche. Je ne connais pas l'évolution géographique de Paris pour en dire d'avantage.


Les prochaines gravures ont été faites par un artiste de la même période que Nicolas Bonnart mais moins connu: Sebastien Leclerc. Elles sont tirées d'un recueil de figures à la mode dédiées à M. le Duc de Bourgogne. Je n'ai pris que celles montrant des femmes du peuple.




Femme debout, de profil, tenant sur la tête un pot à lait
tiré de ''Figures à la mode dédiées à M. le Duc de Bourgogne''
Artiste Sébastien Leclerc
Fin XVIIe - début XVIIIe siècle
Collection de la Bibliothèque numérique de Lyon

J'adore le tablier à poche unique de cette laitière, il est assez rare de voir ce détail dans les illustrations. Elle porte un corset, avec ou sans manches rapportées (difficile à dire). Le laçage en spirale est laisse un large espace entre les deux parties du corset. Un long mouchoir de cou termine la tenue.





Femme âgée, debout, de profil avec le bras tendu devant elle
tiré de ''Figures à la mode dédiées à M. le Duc de Bourgogne''
Artiste Sébastien Leclerc
Fin XVIIe - début XVIIIe siècle
Collection de la bibliothèque numérique de Lyon



La position de la poitrine de cette femme âgée laisse supposer qu'elle porte au moins un corset car elle n'est pas affaissée. Un tablier sans bavette est remonté par son bras gauche pendant. Son corsage pourrait être refermé par des agrafes. Les manches du corsages sont larges et se terminent au coude. L'accumulation de coiffe et bonnets est particulière mais typique de la période.




Servante debout, une main sur la hanche et l'autre sur le ventre
tiré de ''Figures à la mode dédiées à M. le Duc de Bourgogne''
Artiste Sébastien Leclerc
Fin XVIIe - début XVIIIe siècle
Collection de la bibliothèque numérique de Lyon


Le souci du détail des gravures de Sébastien Leclerc est impressionnant. Le corsage ou veste de cette servante semble être muni d'oeillets pour le laçer mais n'être attaché qu'au niveau de la taille. La veste est posée par dessus toutes les épaisseurs de jupons, les basques semblent être la longueur du bras allongé




Servante tenant un petit chien
tiré de ''Figures à la mode dédiées à M. le Duc de Bourgogne''
Artiste Sébastien Leclerc
Fin XVIIe - début XVIIIe siècle
Collection de la bibliothèque numérique de Lyon 



Cette gravure semble montrer un vêtement avec une couture à la taille. Ce pourrait être un manteau raccourci, hérité de la maitresse de la maison. Le dos du retroussé de la jupe est visible, ce qui est plutôt rare et permet d'avoir une vision plus tridimensionnelle.











Religieuses soignant des malades
Artiste anonyme
Après 1713
Collection du château de Versailles


Sur cette peinture, deux jeunes femmes subissent le traitement médical de l'époque, la saignée. Une est entaillée au pli du coude, l'autre au mollet. Les deux portent un manteau long avec une jupe dans une couleur contrastante, un bonnet long et un mouchoir de cou blanc. L'uniforme des religieuses semble être composé d'un manteau que plusieurs portent relevé aux hanches de côté.










Avançons encore un peu dans le temps pour se retrouver vers le milieu du XVIIIe siècle. Le vocabulaire est plus défini... ou l'est-il vraiment?

Les mots juste et casaquin en France désignent le mantelet au Canada, une pièce de vêtement recouvrant le torse avec manches et basques ajusté jusqu'à la taille.

La distinction géographique est soulignée par le témoignage sur le vocabulaire utilisé dans la vallée du St-Laurent de Jean-Baptiste d'Aleyrac, un officier français qui servit en Nouvelle-France durant la guerre de Sept Ans. Il dit que les Canadiens parlent sans accents si ce n'est quelques mots avec lesquels il n'est pas familier comme le mot mantelet pour désigner un casaquin sans plis, soit l'habillement ordinaire des filles et des femmes. La description de la quatrième édition du dictionnaire de l'Académie Française de 1762 pour le casaquin est somme toute très vague: Espèce d'habillement court, & qu'on porte pour sa commodité. Cette définition de vêtement usuel n'apparait pas dans les trois premières éditions de 1696, 1718 et 1740. On peu supposer que le vocabulaire usuel a évolué durant la première moitié du XVIIIe siècle. Pourtant, le dictionnaire François-Flamand de 1733 de François Halma est un peu plus descriptif à propos du casaquin: habillement de femme qui ne descend que jusque sur les hanches, qui est sans plis , & qui est fort juste au corps. Preuve que l'utilisation de ce mot a commencé au moins au courant de la décennie 1730 en France. Cependant, cette définition va à l'encontre de celle de l'officier d'Aleyrac qui implicitement dit que le casaquin qu'il connait a des plis. Cette même pièce de vêtement (casaquin, mantelet, nous pourrions l'appeler veste de femme) est nommée juste par M. de Garsault dans son Art du Tailleur.









La pourvoyeuse
 Jean-Siméon Chardin
1738
Collection du musée des Beaux-Arts du Canada 


Voici le tableau qui a grandement inspiré le patron de la Fleur de Lyse à mon avis. À partir de 1730 environ, le port de tablier semble devenir la norme pour l'habit quotidien. Il n'est plus un accessoire de protection mais un accessoire de mode de tenue dite négligée. L'habillement de la femme sur le portrait montre un assortiment de tissus différent: des bas rouge/ocre, un jupon rayé, un tablier bleu, un mantelet/casaquin blanc à rubans rouge sur les manches plissées, un mouchoir de cou bigarré et la tête coiffée d'une combinaison d'un bonnet et d'une cornette.

Femme à la fontaine
Jean-Siméon Chardin
Vers 1733-1739
Collection du musée de Toledo


À mon avis, il s'agit du même mantelet/casaquin du tableau précédent avec un jupon rayé. La posture de cette servante de cuisine laisse deviner qu'elle porte un corset, le dos reste bien droit et les hanches sont fléchies.



La marchande de cerises
Gaspard Gresly
Avant 1756
Collection particulière
Source: Artnet



La cornette que porte cette marchande de cerise est bordée de dentelles, rare détail pour ce type de coiffe. Le mouchoir de cou et le mantelet/casaquin sont dans les tons d'ocre rouge. Le tablier à bavette épinglée a un motif à carreau et la boucle d'attache est visible en son centre.



La récureuse
Jean-Siméon Chardin
1738
National Gallery of Art

J'ai une supposition par rapport à l'habillement de cette femme. Je crois qu'elle porte un jupon, un mantelet et un tablier fait de lin et/ou coton, deux matières lavables. Ce serait la raison pour laquelle tous ses vêtements seraient beige et blanc. Les techniques de lessive des vêtements à l'époque implique un processus de blanchiment, raison pour laquelle les vêtements d'apparat de couleur, surtout ceux en fibre de soie et de laine, n'étaient pas lavés mais brossé et nettoyé. Considérant le métier salissant de cette femme cette hypothèse expliquerait l'absence de couleur de ses vêtements.


La servante attentive
Jean-Siméon Chardin
1747
National Gallery of Arts

Le rose est la couleur dominante de cette domestique avec son mantelet à fleurs roses, probablement en indiennes, son tablier à bavette épinglée et son jupon rayé. Sa tête est couverte d'un bonnet et d'une coiffe. Elle porte des mules dont la hauteur du talon m'impressionne pour une personne dont le travail requiert de marcher souvent. La notion de confort est variable d'une personne à l'autre et d'un





La récureuse
André Bouys 
1737
Web gallery of Arts

Cette femme porte un juste dont les manches à rayures se terminent au coude. Les rayures ont permis à l'artiste André Bouys sa virtuosité et il illustre les stresses que le tissu subit au haut des manches. Le bas des manches semble dépourvu de toute décoration.








La fileuse endormie
Gaspard Gresly
avant 1756
Musée des Beaux-Arts et Archéologie de Besançon


Tout le contraire de la jeune dame nettoyant l'argenterie du tableau précédent, cette fileuse âgée porte des manches longues jusqu'au poignet. Il s'agit s'un rare tableau où le support de poitrine semble peu présent, comprendre corset, reste à savoir s'il s'agit d'une illusion d'optique du tablier. Parlant du tablier, il est bleu clair, froncé au niveau du cordon et non plissé.













La bouillie au coin du feu
Jean-Baptiste Lallemand
XVIIIe siècle
Musée des Beaux-Arts de Dijon


Décor d'un intérieur bourgeois ou de petite noblesse, cette peinture dépeint le quotidien de cette famille. La mère en jaune ne porte pas de tablier au-dessus du mantelet/casaquin et nourri son enfant. Ses cheveux sont recouvert d'un mouchoir ou d'une coiffe relevée. Elle a une serviette sur les genoux. Les manches de la domestique en vert à l'arrière sont longues jusqu'aux poignets tandis que celles de la mère sont un peu plus courtes arrivant au tiers distal de l'avant-bras.

Je tiens à souligner que cet intérieur, avec le buffet au fond rempli de vaisselles, l'abondance de poelons, marmites et chaudrons au mur ainsi que la fontaine de cuivre montre une grande aisance matérielle dans cette cuisine. Il ne s'agit en aucun cas d'une cuisine de pauvre. 


Les préparatifs du repas
Jean-Baptiste Lallemand
vers 1761
Musée des Beaux-Arts de Dijon


Dans cette autre scène de cuisine, on n'y voit que des domestiques. Celle de face en vert à gauche porte un mantelet/casaquin aux manches arrivant juste un peu plus loin que le coude, un tablier blanc sans bavette et un jupon de couleur rouille. Ses cheveux sont couvert d'un bonnet blanc.

La domestique de dos à droite remonte l'eau d'un puit intérieur. Les manches blanches de sa chemise sont clairement visible. Elle semble donc porter un simple corset. Son jupon remonté est de la même couleur que le corset. Exceptionnellement, elle ne porte rien sur la tête.

L'apparition de femmes ne portant qu'un corset est minoritaire au XVIIIe siècle et presque inexistante au XVIIe siècle. J'ai remarqué que cette mode est très présente en Prusse et en Suisse au XVIIIe siècle et que les peintres français représentant cette mode du peuple sont souvent localisés près de la frontière avec ces pays.


Marchande de dentelles
Gaspard Gresly
avant 1756
Musée des Beaux-Arts et Archéologie de Besançon


Gaspard Gresly fait parti de ces peintres frontaliers qui montrent des femmes en corset. Il habitat Besançon la majeure partie de sa vie. Ici, la marchande de dentelle porte un tablier à bavette bleu sur un corset rouge. Le mouchoir de cou ne couvre pas entièrement le décolleté. Elle est coiffée d'un mouchoir gris-bleu et d'un chapeau atypique. La fillette à droite qui examine un galon de dentelles porte une robe ou un mantelet/casaquin, un mouchoir de cou coloré et un bonnet blanc.

La coupeuse de chou
Anonyme français 
XVIIIe siècle
Musée des Beaux-Arts de Reims


J'aime bien ce portrait anonyme probablement d'une servante de cuisine. Son corset est moins ajusté que ce que la majorité des portraits nous montre. Il s'agit peut-être d'un vêtement deuxième main, ou bien la demoiselle a vécu beaucoup de variation corporelle... Les rubans allongent considérablement les bretelles dudit corset. Elle ne porte rien sur la tête si ce n'est un ruban qu'on devine et sert à maintenir la coiffure remontée


Écureuse
tiré de Études prises dans le bas peuple ou les Cris de Paris de
Edme Bouchardon
1737-1746
Gallica

Difficile à déterminer avec assurance si cette écureuse porte un vêtement avec manches ou sans manches avec les détails de la gravure. J'y vois une demoiselle qui porte un corset sur des manches de chemise blanche. Elle travaille avec des souliers à talons et un bonnet blanc porté haut sur la tête.


Jeunes filles allant au garde-manger
Gaspard Gresly
avant 1756
Musée des Beaux-Arts et Archéologie de Besançon


Gaspard Gresly est l'artiste qui a le plus représenté des corsets de paysanne à ma connaissance. Comme dit plus haut, sa localisation géographique près de la Suisse et de la Prusse, là où cette mode de voir les chemise était plus largement étendu et acceptée chez les femmes du peuple. Ici la bavette du tablier blanc recouvre la fermeture du corset bleu de la demoiselle en avant-plan. Un mouchoir de cou rouge rehausse les traits rosés du visage de la jeune fille. La fillette de gauche porte un bonnet noir. Les jeux d'ombres et de lumières sont très intéressants sur cette peinture.

La fête du village
Étienne Jeaurat
1748
Collection particulière

Cette fête du village montre deux villageoises portant un corset: une au centre de dos en jaune transportant un plateau sur la tête et une à droite agenouillée qui s'occupent des enfants. Deux sur quinze femmes visibles de l'avant-plan, c'est 13% pour ceux qui voudraient faire des statistiques. Les femmes qui ne portent qu'un corset sans manches sont, comme je le disais plus haut minoritaire.


La demande accordée
Nicolas-Bernard Lépicié
XVIIIe siècle
Musée Thomas-Henry de Cherbourg

Dans cette peinture de Lépicié, la jeune femme porte un corset beige dont les replis suggèrent une absence de baleines, un mouchoir de cou noué au niveau de la poitrine, un tablier bleu dont la bavette est repliée et un jupon de rayures dans les teintes brun-doré. Les manches et le jupon de la mère du même tissu suggère qu'elle porte un ensemble assorti, si ce n'est tout simplement une robe.



Jeune laitière
tiré de Études prises dans le bas peuple ou les Cris de Paris de
Edme Bouchardon
1737-1746
Gallica


Cette jeune laitière porte un vêtement à manches longues et relativement évasées. Je crois qu'il s'agit d'un manteau de lit, tel que décrit par M. de Garsault dans son «Art du tailleur» de 1769 mais les caractéristiques sont tellement cachés par le tablier qu'il pourrait être un autre type de vêtement. La caractéristique principale de ce vêtement est la coupe semblable à un kimono, sans couture au niveau de l'épaule. Ce vêtement est aussi refermé par une superposition des deux pans avant, comme un kimono. Le manteau de lit est dérivé de la coupe des robes de chambre qui elles même sont inspirées des kimonos de d'époque grâce aux échanges entre la compagnie des Indes de Hollande et le Japon depuis le XVIIe siècle. 

Tiré de l'Art du tailleur contenant le tailleur d'habit d'homme; les culottes de peau; le tailleur de corps de femmes et enfants: la couturière; et la marchande de Modes par M. de Garseault,
1769
Source: Gallica

Voici comment M. de Garsault explique la fabrication du manteau de lit.




Vendeuse de Pommes
tiré de Études prises dans le bas peuple ou les Cris de Paris de
Edme Bouchardon
1737-1746
Gallica

Cette gravure montre vraisemblablement une femme habillée en manteau de lit. Le croisement des pans à l'avant et l'absence de coutures à l'épaule en est caractéristique.

La servante de cuisine
Jean-Siméon Chardin
1738
National Gallery of Art



Vu les larges plis à l'avant et possiblement à l'arrière, je dirais que cette femme porte une robe seconde main dont le bas usé a été raccourci aussi nommé pet-en-l'air. Le terme pet-en-l'air existe en la période de la Nouvelle-France mais demeure relativement marginal jusque dans la décennie de 1760.  Si vous voulez plus d'information sur le mot pet-en-l'air, j'ai fait un article en 2019 sur le sujet.

Les parements sont particuliers en ceci: ils ne sont pas de la même couleur que l'ensemble de l'habit.  Il s'agit là d'une exception pour tous types de vêtements confondus. C'est le seul exemple dont j'ai remarqué cette particularité durant mes recherches. Une bordure de la même couleur semble être au bas de la demi-robe.

Aussi, le tablier a une particularité que je ne sais expliquer: le pli et le coin situé sous le coude de la servante de cuisine.





Balayeuse
tiré de Études prises dans le bas peuple ou les Cris de Paris de
Edme Bouchardon
1737-1746
Gallica

Cette gravure montre les traits caractéristiques d'une robe à la française raccourcie: les fameux plis. Pour me répéter, appeler ces plis « plis Watteau» est un anachronisme puisqu'aucun document de l'époque ne mentionne ce nom pour cette caractéristique vestimentaire. Cette manière de décrire les plis serait apparu au cours du XIXe siècle par un historien ou un amateur d'art, je n'ai pas poussé ma recherche assez loin pour le nommer. Pour plus d'informations sur la robe en tant que tel, veuillez consulter le chapitre 5 qui lui est entièrement dédié: Des Filles du Roy à la Conquête: la robe à la française.

Le tablier de cette femme est épinglé au niveau de la bavette, remonté de côté et permet de voir un peu plus l'avant de la demi-robe/pet-en-l'air.


Il n'y a pas si longtemps, j'aurais terminé mon article ici. Hors, il y a une variété de mantelet/casaquin que j'ai découvert dernièrement, celui qui est porté ouvert par dessus le corset ou le tablier épinglé. 

Je croyais d'abord à une particularité locale de la région de Besançon parce que d'abord apparu dans des peinture de Gaspard Gresly. Une autre source d'illustration, illustrant possiblement des travailleuses de la région de Lyon car ce sont des ouvrières de la soie de l'Encyclopédie Diderot et D'Alembert.

Vieille femme descendant à la cave
Gaspard Gresly
Avant 1756
Musée des Beaux-Arts et Archéologie de Besançon


Le mantelet/casaquin ouvert de la vieille femme est doté d'oeillets non utilisés pour le laçage. La bavette du tablier blanc est épinglée sous le mantelet/casaquin. La manche semble repliée au tiers de l'avant-bras. Sa coiffe semble être une cornette noire dont les rabats sont descendus et épinglés ensemble. Quant à l'ensemble de la fillette, elle est trop dans l'ombre pour déterminer quoique ce soit.





La raccomodeuse de dentelles
Gaspard Gresly
Avant 1756
Musée des Beaux-Arts et Archéologie de Besançon

Je suis perplexe quant à l'habillement de cette raccomodeuse de dentelles. Il y a une absence de coutures aux manches qui me rappelle un manteau de lit. Pourtant, il semble manquer de matériel pour  croiser les deux pans avant. Le tissu utilisé pourrait être de l'indienne, je n'arrive pas à discerner si le motif est imprimé (indienne) ou imbriqué (broché). Le bord des pans de cette veste est renforcé d'un ruban bleu. Elle porte un bonnet recouvert d'une coiffe nouée sur le dessus de la tête.


Planche CXXIII
signée h h h h 
illustrant les soieries de l'Encyclopédie Diderot et d'Alembert 1772

La vignette représente l'intérieur d'une chambre & deux ouvrières occupées à fabriquer une lisse à noeud.

Fig. 1. Ouvriere, qui après avoir formé le noeud près la barre de bois du milieu, arrête le fil près de la barre qui est de son côté à la ficelle ou crête de la lisse, par l'opération que l'on nomme natter, que l'on trouvera représentée dans les Planches suivantes ; la corde sur laquelle elle natte le fil de lisse chargé sur le rochet ou bobine qu'elle tient de la main droite est attachée d'un bout à une des chevilles des barres du lissoir, & de l'autre passe sur un des chevalets, d'où elle est tirée en bas par le poids dont elle est chargée, comme on le voit dans la vignette.

2. Seconde ouvriere qui présente les mailles du bas des lisses à la premiere ; elle tient de la main gauche plusieurs mailles ; elle choisit de la main droite celle qu'il faut présenter ouverte, observant de les prendre de suite comme elles ont été fabriquées.

Pour former le bas des lisses, il ne faut qu'une seule ouvriere.







Même si cette illustration est un peu dépassée la période cadre fixée à 1763, j'apprécie cette gravure car elle montre un autre mantelet/casaquin ouvert sur le torse. L'absence de plis visibles au dos écarte la possibilité d'un pet-en-l'air selon moi.




En conclusion, est-il possible de faire un résumé des modes féminines des classes sociales moins aisées pour les cent ans séparant l'arrivée de Filles du Roy et la fin de la Conquête? Dans les portraits de France, on peut voir une certaine évolution entre le XVIIe et le XVIIIe siècle sans être aussi importante et définie que pour les femmes nobles et riches. Il faut rappeler que le vêtement pour ces femmes au revenu restreint est en premier lieu une protection contre le froid, le vent, les insectes... 

Pour citer Pehr Kalm dans son journal du 26 août 1749, au sujet des habitants:

 «Les habitants de la campagne paraissent très pauvres. Ils n'ont guère plus que le strict nécessaire. Ils se contentent de pain et d'eau et portent tous leurs autres produits tels que le beurre, le fromage, les oeufs et les volailles, à la ville, pour les convertir en argent avec lequel ils achètent des vêtements et de l'eau-de-vie pour eux, et des robes pour leurs femmes. Malgré leur pauvreté, ils sont toujours d'humeur joyeuse et gaillarde»

La fonction de beauté et d'agrément du vêtement pour les femmes de ces classes sociales fermières et ouvrières vient avec les quelques accessoires « du dimanche »: mouchoir de cou, bonnet dernier cri, rubans de soie, tablier immaculé, lorsque le budget le permet. 

Un peu plus loin dans son journal, le 12 septembre 1749, Pehr Kalm note: « Les gens de la campagne, les femmes surtout, portent des chaussures de bois faites tout d'une pièce et creusées en forme de pantoufle. »
Pour ces classes sociales, le vêtement est d'abord utilitaire et fait pour durer longtemps.


Je crois qu'avec ces six articles, il est possible de mieux appréhender la mode du temps de la Nouvelle-France. Du moins, je l'espère.

Merci de m'avoir lu.

Je vous souhaite une agréable journée.

Mlle Canadienne

Des Filles du Roy à la Conquête, chapitre 6: les habitantes

 Bonjour, Bienvenue au dernier chapitre sur les vêtements féminins durant la période de la Nouvelle-France. Ce chapitre m'a pris beaucou...